Peut-être un autre plat en salle, cuisine participative !! Gig le Crapaud

Le projet de Gig le Crapaud est né dans un petit coin de bureau, je me rappelle même avoir commencé à l’écrire au stylo sur un petit cahier à spirale (ce qui m’arrive pas souvent, vu que je suis toujours devant mon ordi), une envie de « faire » autrement …c’était probablement au mois de novembre… Depuis j’ai croisé la route d’Elbi et et chacun sait que les illustrateurs sont des magiciens !! Ils rendent l’histoire vraie et belle.
Alors découvrez le premier chapitre de cette histoire superbement mis en voix par MoÏse Shaeffer et partagez si vous êtes conquis !! Faites le découvrir à d’autres !! 

https://fr.ulule.com/gig-crapaud/?fbclid=IwAR32G4hesd3qOpT1WfzMImGVDOEJPkJPUdNOUnhiQRxxETFp6nvZD4gKinY

Publicités

Chroniques in(sens)ées #4

Les sites de rencontres ne seraient-ils pas en train de changer la face de notre humanité ? (première partie)

Contrairement à ce que ce titre pourrait faire penser, je ne tente pas de faire de la publicité éhontée pour les sites de rencontres, publicité bien inutile puisque ces sites de rencontres s’en sortent très bien financièrement. Croyez moi la misère humaine, et la mienne en particulier, y contribuent.

Non, il s’agit plutôt de comprendre en quoi les sites de rencontres ont modifié notre manière de nous rencontrer ainsi que de jauger la sorte d’humanité qui s’est développée autour de ce type de rencontre. Toujours dans un souci (ô combien scrupuleux, vous me connaissez) d’explorer les sens (l’essence)  de la rencontre humaine (surtout celles qui débouchent sur des rencontres sensuelles voire sexuelles, ce qui donne le côté insensé à ces chroniques), je voudrais arriver à vous parler de ce qui a modifié considérablement les rencontres ces dernières années. Et il n’y a rien de mieux qu’une personne qui a exploré la question et échoué cent fois pour vous expliquer ce qu’il en est et comment il faudrait faire (enfin ça, ce sera pour une autre chronique, je ne suis pas la déesse Shiva tout de même).

Car l’erreur est le processus cognitif le plus efficace pour arriver à la réussite. Et je peux vous dire que désormais, je suis la « bonne » personne pour vous expliquer pourquoi on échoue souvent  à rencontrer réellement une personne sur ce genre de plateforme et quels sont les écueils que nous ne voyons pas toujours au premier abord mais qui existent réellement (mais ce sera surtout l’objet de la deuxième partie).

Etre dans la posture de celle qui a échoué plutôt que de la simple observatrice ou enquêtrice, ne me met pas dans une situation dévalorisante, loin s’en faut. N’y voyez aucune amertume de ma part, ni pédanterie. Je ne suis pas contrariée outre mesure d’échouer (croyez moi j’en suis même heureuse dans certains cas)  et je découvre désormais les joies du célibat. A ma grande surprise, elles sont plus nombreuses que je ne les avais imaginées et  je me demande pourquoi on nous les a tant cachées à nous les femmes (oui j’y vois aussi une injonction genrée par l’éducation, les médias…) Autrement dit, pourquoi  ne nous  recommande-t-on pas plus fortement d’explorer ces joies plutôt que d’aller en quête d’un prince charmant plus qu’hypothétique et hypothéqué.  Mais ceci est un autre sujet.

Imaginons-nous plutôt ce rat de laboratoire coincé dans un labyrinthe et qui va devoir essayer de multiples sorties avant de  trouver la bonne. Et bien, c’est ce qu’affronte le célibataire, quel que ce soit son âge quand il ressent cet espèce de pincement au niveau du cœur et cet assombrissement de la pensée qui lui dit… pourquoi suis-je un animal solitaire ? (étape 1)  et comment faire pour ne plus l’être ? (étape 2 : sous entendu « je dois agir »).

Je me demande s’il ne faudrait pas informer le rat en question que l’interrogation la plus importante est plutôt : faut-il réellement sortir du célibat ? Pourquoi aller dans ce labyrinthe ?  Un rat, dans un environnement normal, va se choisir  des chemins certes tortueux mais ce seront les siens et, sauf coup du sort, il s’en sortira plutôt bien. Alors que le choix de se placer dans ce labyrinthe des rencontres va considérablement lui compliquer la vie, lui bouffer son énergie, le déconcentrer de ce qu’il aime vraiment, le détourner de la réalité et pour quels résultats ? Car pour un pourcentage assez maigre de rats qui sortent de ce labyrinthe (en bon état et bien accompagnés), combien restent coincés dedans des années, des décades… toutes leur vie ?  Mais essayons de ne pas nous écarter du sujet.

Un site de rencontre est fait pour… rencontrer.  CQFD ! Et ce qui est saisissant dans ce constat, c’est de s’apercevoir qu’au fil du temps, ces plateformes sont nées d’une volonté ou d’un besoin de rendre ces rencontres plus opérantes. Est-ce à dire qu’auparavant, on ne savait pas se rencontrer, on n’y arrivait pas ?

Si on remonte aux sociétés les plus anciennes, on sait qu’il existait des stratégies de rencontre visant à la reproduction, aux échanges entre les tribus, à l’affrontement (l’enlèvement des Sabines) ou bien à la volonté d’établir la paix sur un territoire. Cela n’excluait pas, bien évidement, les sentiments, en témoignent les poèmes, les  peintures, les ex-voto d’amour  de ces époques. Mais la rencontre en elle-même était loin d’être naturelle. La mise en présence de deux êtres, l’accouplement et le mariage sont des constructions culturelles.  En cela on peut dire que les choses n’ont pas réellement changé. Avec l’industrialisation des sociétés occidentales, l’individualisme s’accentuant, les rencontres sont devenues, à titre individuel, le moyen de s’enrichir (la dot), d’ascension sociale, de perpétuer la tradition familiale (aller dans le village voisin, dans la même entreprise…). Evidemment, d’autres facteurs ont influé sur ces rencontres : notamment des événements historiques (les guerres en particulier) qui ont brassé de façon malheureuse (les déportations) les populations, ainsi que  les tentatives de conquêtes de pays qui ne pouvaient pas se défendre (colonisation). Ces rencontres imprévues ont élargies le spectre des possibles. Là où autrefois la rencontre avait souvent une empreinte locale, elle s’est faite de plus en plus à distance et en direction de personnes plus improbables. Mais ce type de rencontre restait cependant minoritaire. Elle dépendait de la mobilité de chacun et de l’histoire du territoire habité.

Faisons un bond dans le temps et arrivons aux rencontres d’aujourd’hui.  Je me demande, si à l’instar de la croissance économique depuis les années 70, la rencontre entre individus ne connaîtrait pas une forme de crise du fait même de son expansion et de l’extension de l’idéologie du capitalisme et du libéralisme. Oh je vous vois soupirer. J’avais annoncé du sexe et de la sensualité et je vous sors des graphiques et des courbes qui manquent absolument de glamour.

Comprenez pourtant  que la rencontre, oui celle là même qui mène au baiser, à la couche, au mariage, à l’enfantement même parfois,  est arrivée à un stade de surproduction et qu’elle suscite plus de chômage (de gens seuls) que jamais.

Je m’explique (oui parce que je vois bien que je vous ai perdu entre le fromage et le dessert ) :  depuis les années 70 – et mai 1968 et le mouvement hippie ont sûrement contribué à cela- l’idée s’est développée, surtout au sein des sociétés occidentales, qu’il fallait rencontrer la bonne personne et aimer pour être heureux. Autrement dit, la réussite personnelle dépendrait de cette rencontre. (c’est un peu mieux que la Rolex au poignet, on est d’accord).  Cette idée à rendu la rencontre plus cruciale que d’autres éléments personnels pour chacun. D’autant que d’elle, dépendent d’autres éléments perçus comme  réussite dans la vie d’une personne (faire des enfants, acheter une maison, s’épanouir dans sa vie sexuelle etc..).

De cette attente cruciale et donc de cette tension sont nés les sites de rencontre. Rendus possibles par le développement d’internet depuis la fin des années  90 (précédés du minitel et des petites annonces dans la presse) et doublés en cela des applications sur portable depuis les années 2000, ces sites ont aujourd’hui une côte explosive. Autrement dit, à un besoin crée par une idéologie du bonheur (qui n’a rien de répréhensible, puisque c’est une idéologie humaniste la plus philanthropique qu’il soit, aimons nous les uns les autres), a correspondu une offre qui, elle, a suivi l’air des temps technologiques et capitalistes. Après avoir laissé de côté les agences matrimoniales qui ont connu leur grand boom de développement dans les années 80, montrant que la libre-entreprise trouvait dans la recherche du bonheur un nouveau créneau à exploiter, ces sites et applications n’ont fait que suivre la vague qui se formait et sur laquelle nous sommes de nombreux manchots à avoir grimpé !

Rendant ainsi plus rapides, plus immédiates et plus nombreuses les rencontres, statistiquement. Et ce dernier mot est important : statistiquement. Car on est bien dans une multiplication des flux, des échanges, des rencontres sur des territoires de plus en plus vastes qu’ils soient habitués aux brassages ou plutôt isolés. Autrement dit, on peut dire qu’une personne dans la moyenne d’âge des rencontres  (on va la situer de la vingtaine jusqu’à la soixantedouzaine -aujourd’hui j’ai décidé de considérer la vieillesse non plus comme un naufrage mais comme un paquebot Titanic lancé à vive allure- ), a plus de chance de faire de multiples rencontres dans sa vie qu’il n’y a 20 ans. Les plateformes  rendent ces rencontres plus nombreuses : s’il y a plus d’offres, il y a plus de chance que je puisse tomber sur le bon numéro. Il y a également plus de possibilités pour moi de tenter ma chance. Non seulement ces rencontres seront plus nombreuses mais aussi  plus diversifiées socialement. Car jusque là les rencontres se faisaient par stratégie sociales ou familiales de proximité ou par le biais du milieu professionnel.

Or, sans volonté de créer des rencontres intergénérationnelles, interrégionales ou interprofessionnelles inattendues (les sites de rencontres veulent juste se faire de la thune, on est bien d’accord) ces applications créent des espace de rencontres sociales inattendus plus opérants que les salles de concerts, les expositions, les milieux professionnels, le café du coin etc.…. D’abord parce qu’on y vient spécifiquement pour y faire une rencontre. Autrement dit, on vient acheter, consommer, pratiquer de la rencontre. Elle a donc plus de chance de se produire qu’ailleurs. Et puis cette diversification s’explique aussi par le fait que la majorité des sites de rencontres privilégient l’apparence physique comme critère de rencontre.  En effet, les plus usités restent ceux qui proposent une approche par la photographie. On rencontre parce qu’on est attiré par une photographie, une représentation de l’autre. On veut rencontrer d’abord une image, une apparence. On ne rencontre plus parce qu’on travaille au même endroit, parce qu’on est présent à un événement, parce qu’on est l’ami de…, parce qu’on est issu de telle classe sociale.

Par conséquent, les sites de rencontre ont démultiplié nos chances de rencontre. Alors pourquoi autant d’échecs, pourquoi autant de solitude ?  Oui parce que je n’ai pas besoin  de chiffres pour vous le prouver. Si la demande venait à disparaître, les sites se désempliraient petit à petit et plieraient bagages. Or ce n’est pas le cas. Je dirai même qu’ils explosent d’une certaine façon : il vous suffira de taper site de rencontre sur votre portable et vous vous en rendrez compte par vous même.

Revenons à notre idée de départ, les années 70 nous ont mis dans la tête que nous devions rencontrer celui ou celle qui nous rendra heureux pour connaître le bonheur. L’amour seul peut nous sauver, nous épanouir. S’il vient à disparaître, il faudra donc en trouver ailleurs. Vous voyez comme soudain toutes les séparations actuelles, ceux qui échouent à trouver le bonheur à deux,  viennent rajouter à la cohorte des célibataires d’autres personnes à pourvoir. Trop de demandes, trop d’offres… Voilà où je veux en venir. Nous surconsommons. Là où il y a une cinquantaine d’année, une rencontre suffisait à une vie pour une grande majorité d’entre nous, aujourd’hui, il en faudrait, une dizaine, une trentaine pour les plus gourmands, et plus pour les addicts ! Quant à l’individu, il se dit : il faut donc essayer, essayer encore jusqu’à que je trouve. Et si rien ne se produisait, et si l’autre, le bon, ne se présentait pas. Car si la plateforme est devenue immense, les rencontres possibles par millions, nous restons les mêmes individus avec les mêmes attentes, les mêmes stratégies sociales, familiales, les mêmes limites et la même capacité d’aimer. Autrement dit, ce n’est pas parce que j’ai le choix entre 10 pull en laine  au lien d’un que je vais mieux choisir celui qui m’ira. J’ai plus de chance de rencontrer, mais j’ai aussi plus de chance de me tromper. Et en attendant, c’est l’overdose.  La surrencontre.

Regardons les choses en face, les sites de rencontre ne peuvent pas nous offrir ce qu’ils proposent. Tout simplement parce qu’ils n’en ont pas les moyens. Car ils ne nous connaissent pas aussi bien que nous nous connaissons. Un peu comme une agence de voyage qui nous proposerait des dizaines de destinations de rêves mais nos rêves ne sont pas standardisés.  Seul nous savons ce que nous attendons, espérons de la vie.  Et cela ne réside peut-être pas dans une rencontre ! C’est comme jouer au loto. Je souhaite devenir riche, je pense que cela me rendrait plus heureux, mais cela n’est pas sûr. Je vais donc souvent me rendre au bureau de tabac acheter un ticket en espérant que cela améliorera ma vie personnelle mais pour autant, cela me rendra-t-il plus heureux de gagner ? Car mon rapport à l’argent est spécifique. De même que mon rapport à l’Autre, à l’être humain. Et cela, le site de rencontre n’est pas là pour le gérer.

Autrement dit, nous ne sommes pas mieux armés que nos prédécesseurs. Nous avons juste entre les mains un outil disproportionné, le marteau de Thor ! Lorsque nous l’utilisons, nous rencontrons plus statistiquement que sans. Et de façon parfois démultiplié. Mais cela ne résout pas le problème de la rencontre ni ne permet sa réussite (sauf coup du hasard mais nous revenons à notre point de départ, ce hasard reste exceptionnel).

Il faudrait pouvoir comprendre pourquoi nous n’y arrivons pas, pourquoi nous échouons, pourquoi nous rencontrons aussi ceux qui échouent. Or cette surconsommation se fait dans un temps trop court pour prendre le temps de la réflexion. Conclusion : on en arrive au fameux : trop vite, trop rapide et on ne sait plus ce que l’on consomme. On ne sait plus surtout pourquoi l’on consomme et pourquoi il le faut. Et l’acte lui-même de consommer l’Autre devient porteur d’échec.

Argh ! voilà que je vous ai déprimé pour le week-end ? Mais non ! Ce qui  serait déprimant, ce serait de penser que nous sommes malheureux parce que nous sommes seuls. D’abord on n’est jamais réellement complètement seul. Et ce n’est pas le couple ni la rencontre qui peut nous protéger de ce sentiment de solitude qui peut parfois être très destructeur.

Ce qui peut nous en  préserver, ce n’est pas non plus ce tumulte d’échanges humains, mais plutôt c’est de chercher à  savoir où l’on se situe dans ce tumulte. En ce sens, ces  essais de rencontre peuvent  non seulement être une perte de temps, d’énergie mais surtout une perte d’être et de sens.

Ils sont liés à des addictions de toutes sortes (portable, télévision, tabac, alcool) qui nous détournent de la  seule et même question : que fais-je ici ? Quel est le sens de mon existence ?

Alors éteignons nos portables et nos ordinateurs et invitons nous à nous rencontrer dans le réel, non pas pour nous rencontrer, ni pour espérer un bonheur, mais bien pour la curiosité et l’émerveillement d’être encore en vie ensemble ! Celle là seule compte !

 

Chroniques in(sens)ées # 3

Abstinence / addiction au sexe, même combat ?

Les comportements excessifs en matière de sexe m’ont toujours fasciné. Parce que loin de s’opposer, ils se rejoignent d’une certaine manière. Celui qui fait l’expérience d’une abstinence au long terme, qu’elle soit voulue ou subie, découvre comment son corps va se comporter sans chair à consommer. Celui qui est accro au sexe, quant à lui, va pouvoir jauger de ce qui lui arrive lorsqu’il mange trop ! D’une manière ou d’une autre, il s’agit de placer une tension sur le corps. Une surtension : une hypertension ou une hypotension… En général, on sait que l’un et l’autre sont souvent néfastes pour la santé.

Avant de parler des excès, commençons par la norme ou du moins ce qui est avancé comme tel. Selon des schémas darwiniens, nous sommes conçus pour avoir une vie sexuelle active dans un but de reproduction des espèces. Aujourd’hui encore, nous subissons les pulsions de ces instincts de survie mais vous devinez bien que depuis la grotte de Neandertal, notre rapport au plaisir a évolué. Non pas que nous ayons plus de plaisir ou plus de rapports (ou moins ). Hélas on a peu de témoignages exacts sur la pratique du sexe avant la sédentarisation (moment où le lit s’installe à demeure) , mais entre temps de nombreuses civilisations, des Sumériens jusqu’à celle des Océaniens ont chacune coloré à leur manière les relations que l’homme pouvait entretenir avec la pratique sexuelle au delà de la simple survie. Les sociétés modernes dominantes et mondialisées contribuent d’ailleurs à la redéfinition de ce rapport lui apportant des lignes de forces parfois contraignantes que ce soit dans le sens de l’abstinence ou de la surconsommation. Sans doute subissons nous cette occidentalisation de nos comportements sexuels (il n’y a qu’à voir la production des films pornographiques somme toute assez peu originale dans leur scénarii), de même que certaines sociétés de pays en développement face à cette mondialisation des pratiques culturelles subissent un retour à une tradition porteuse d’une sexualité normée, elle aussi contraignante. Il est clair que du naturel et du culturel émergent des prescriptions qui établissent que nous avons une vie sexuelle de toute façon codée. Au delà de cette base se pose la question de l’excès. Notre corps et notre cerveau sont-ils conçus pour un vide ou un trop plein ?

En quelle mesure avons- nous besoin du sexe dans notre vie ? En dehors de ces instincts de reproduction évoqués plus haut, de nos cycles hormonaux, de la météorologie  (ah le printemps et l’été, les mois où on enregistre le plus de vente de capotes), avez vous remarqué à quel point la société nous pousse à avoir un comportement sexuel normé ? Une à deux fois par semaine préconisent certains magasines, on se croirait, avec les trente minutes de sport, les cinq fruits et légumes et les moins de trois heures d’écran par jour dans « Bienvenu à Gattaca ». L’individu parfait, avec un corps surveillé, soupesé, évalué en permanence, dosant à sa juste mesure les habitus de sa carcasse comme quelqu’un qui prendrait des comprimés tous les matins. Évidemment que nous n’en sommes pas là… enfin pas tout à fait là. Tout simplement parce que notre travail, notre famille, parfois les deux, rendent impossible une telle maîtrise de ce que nous donnons à manger (au sens large) au corps et à l’esprit.

J’enfonce des portes ouvertes mais cela ne vous choque-t-il pas qu’on nous impose mentalement des normes de bien-être sexuel ? Imposer le mot est un peu fort, je le reconnais, on préconise, on incite à, on nous fait penser que. Malheureusement pour une grande quantité d’individus (dont moi-même), ces prescriptions finissent par devenir l’étalon auquel on se mesure pour savoir si notre vie est équilibrée. D’autres personnes plus indépendantes d’esprit vous diront qu’elles n’ont que faire de ces normes et je les envie. Il faut tendre vers ce recul, faire deux pas en arrière et regarder tout cela en souriant. Mais soyons clair, nous parlons de sexe là et ce n’est pas si simple que de rester distant !! Le sexe, c’est du corps à corps, du collé serré, pensez bien que nos sensibilités sont exacerbées et qu’il sera difficile de rester indifférent.

Mais ce n’est pas de cette norme sexuelle dont je veux parler dans cette chronique. Je voudrais surtout explorer avec vous une dimension particulière de la pratique sexuelle. L’excès. Qu’apprend-on lorsqu’on subit ou on choisit une longue période d’abstinence ou au contraire une période de surexcitation et de pratiques tout azimut ?

En dehors du fait qu’on choisit rarement ces cycles, les arrivages (sic), l’ouverture de ces formes de saisons – saisons sèches et saisons humides – on peut au moins être d’accord sur l’existence de ces cycles. Entre ceux qui cherchent et ont parfois du mal à trouver un partenaire, ceux qui sont happés par le travail, par de mauvaises conditions de vie, par la venue d’un enfant (qui est en général un bon coupe-libido) ou l’attente d’un foyer, les occasions de mettre en place une vie sexuelle régulière sont rarissimes. C’est un peu comme exiger de la nature la même quantité de pluie à chaque mois dans un climat tempéré perturbé par le réchauffement climatique.

La vie sexuelle de l’homme et de la femme connaissent un cycle global d’entrée et de sortie  d’activité. Entrée supposée autour de 15/16 ans (laissez moi me faire encore quelques illusions à ce sujet) et sortie autour de … 80 ans, j’ai hésité dans le choix de la dizaine… mais au fond, il y a peu d’étude sur la sexualité des personnes âgées, cela reste un sujet tabou au moins autant que celle des enfants. Peut-être parce que cette sexualité est beaucoup moins normée, qu’elle met au contact des corps qui semblent ne pas ou ne plus être faits pour cela. Là encore on se rend compte de la norme imposée par les mentalités et la culture. Ce qui est valable dans certains pays ne l’est pas dans d’autres. Quant à la moralité de tout cela, difficile de trancher. Ce n’est pas parce que notre sens moral occidental est le dominant que l’on doit forcément lui donner raison. Bref, vous aurez compris, le relativisme est mon credo, au moins autant que le sexe. Et je trouve qu’il est bon parfois de mettre le nez dans les autres fonctionnements sociétaux pour pouvoir regarder le notre avec un regard plus critique. Plus décomplexé, moins arrogant.

Revenons à nos brebis égarées : ce cycle d’entrée et de sortie de la pratique sexuelle est donc limité par notre parcours biologique. Entre les deux, il subit également de mini-cycles, des phases « déterminées » par notre corps : par exemple la fameuse horloge biologique poussant à un activisme sexuel pas toujours entièrement conscient et qui a pris quelques années de retard si on en juge les progrès de la médecine et l’évolution des mentalités repoussant un peu plus loin l’âge de procréation. Vous allez me dire, on sort du sujet : pas tout à fait. Sexe utile, mais sexe tout de même. Avec l’allongement de l’espérance de vie, le corps est formaté pour qu’à la trentaine nous soyons à l’apogée de nos capacités sexuelles. Les cycles les plus actifs, les plus créatifs, les plus répétés se trouvent regroupés sur cette dizaine là et les deux adjacentes (la vingtaine et la quarantaine). Au delà pas de sexe ?Si, bien évidemment. Mais les pratiques seront plus variables et moins systématiques en fonction des individus, des parcours, des affinités.

A l’échelle d’une société, cela veut dire qu’une génération d’individus,  hommes et femmes, va se rencontrer sexuellement plus que jamais, statistiquement parlant. Imaginez ce que peut donner un regroupement de trentenaires qu’ils soient motards, commerciaux spécialisés dans le domaine de l’automobile, slameurs ou bien médecins conventionnés :  un phénomène de surtensions sexuelles qui aboutira à un brassage désorganisé des échanges corporels de toutes sortes (taïaut, taïaut ! ) même pour ceux qui auront déjà établi un couple bien stable.

Il est donc plutôt admis que cette hyperactivité se situe dans cette tranche d’âge là. Curieusement, les périodes d’abstinence longues peuvent également se retrouver dans la même période de vie. Cela est lié à une suractivité générale, au fait que la société exploite au maximum ces personnes car elles sont aussi à leur apogée de leurs capacités de production. En définitif, ce seront sûrement celles qui auront le moins de temps à consacrer à la pratique sexuelle : imaginez la courbe de leurs rapports qui doit ressembler à celle d’un malade subissant tour à tour des pics de fièvres et des moments d’hypothermie. Étrange phénomène.

Si l’on s’écarte de ce centre névralgique des baiseurs potentiels, les pratiques sont beaucoup plus hétérogènes mais les individus sont beaucoup plus libres de faire un choix. Ce qui devrait redorer un peu le blason de ces dizaines que l’on décrit trop souvent où comme trop inexpérimentées (la vingtaine) ou bien déclinantes (la cinquantaine). Ecrasons ces clichés comme de vulgaires insectes et ne gardons en tête qu’ils sont seulement moins visibles.

Pourquoi parler de ces cycles ? Pour vous montrer qu’ils constituent un cadre dans lequel nous évoluons – ils nous contraignent –  et auquel nous essayons parfois d’échapper. Et l’excès est je pense une manière d’y échapper, de prendre une liberté par rapport à ces contraintes, de réclamer notre part de libre-arbitre.

Il n’est pas simple d’affirmer à haute voix aujourd’hui que l’on souhaite être abstinent volontairement. Encore moins de l’avouer quand on sait qu’on n’a guère le choix. Cela peut être vécu comme un aveu de faiblesse, un sentiment d’humiliation dans une société où tout le monde aurait supposément accès au sexe. Pourtant je me demande aujourd’hui si ce n’est pas une chance. J’ai tendance à supposer que tout ce qu’on n’utilise pas est reexploité d’une autre façon dans le fonctionnement de notre cerveau et de notre esprit. Une théorie assez semblable à celle de la plasticité du cerveau. La part que nous n’utilisons pas pour l’activité sexuelle, nous l’utilisons pour d’autres compétences. Globalement, nous transférons ce pouvoir là sur d’autres facultés. A l’excitation hormonale, nous allons peut-être substituer la curiosité intellectuelle, à l’orgasme, récompense ultime pour notre cerveau, sera préféré un amour égocentré  (il est temps de s’aimer un peu soi même vous ne pensez pas ? ) ou encore une sérénité pure et profonde qui nous aidera à aller vers les autres. Vous trouvez cela niais et simpliste. Pourtant la douceur d’approche de l’autre et la sérénité des abstinents n’est pas feinte. Elle est le résultat d’un lâcher prise. Parfois vécu comme une défaite, d’autre fois assumé pleinement. J’ai pu observer sur moi même et sur des amis qui comme moi étaient confrontés à ces périodes de vaches maigres une adaptabilité du cerveau semblable : ce dernier  ne recevant plus sa quote-part d’énergie sexuelle réinvestissait ce trop plein dans d’autres travaux et abordaient les relations homme femme avec une absence total d’attente. Alors je pose cette question farfelue : être abstinent, ne serait-ce pas comme arrêter de manger de la viande ? Attention, je ne suis pas en train de militer pour le végétarisme, pourquoi s’interdire les plaisirs de la chair ? Mais arrêter de manger de la viande comme déconnecter son portable permet de se rendre compte de certains automatismes physiologiques (exemple :  entrer dans une pièce et automatiquement classer les personnes en baisables/ non baisables) et de réinvestir des compétences du cerveau laissées de côté (la capacité à écouter les autres vraiment). Depuis je comprends mieux les ascètes et les puristes. Je vous vois sourire. Si, vous avez esquissé une moue. Bien sûr, je reste obsédée par le sexe mais comme un amateur de chocolat ou une fumeuse invétérée, j’ai conscience que certaines aphasies peuvent être provoquées par une mécanisation de la pratique sexuelle. Alors la diète, c’est peut-être une solution !

Un petit virage à 180 degré et me voilà maintenant devant l’excès de chair,  la gourmandise du corps,  l’appétit sexuel débordant et débridé ! On a tendance à le voir comme une expérience négative ou du moins dont les conséquences seraient à long terme négatives à l’inverse de l’individu abstinent souvent perçu comme quelqu’un se mettant à l’abri de bien des problèmes. Nous nous garderons d’un tel manichéisme. L’excès de sexe, au delà du fait qu’il nous expose sans doute à plus de MST que la moyenne,  n’est pas forcément synonyme d’un dérèglement du corps et de l’esprit. Ou alors au moins autant que la pratique sportive à haute dose ou l’absorption régulière de compléments alimentaires. Durant ces phases, le corps est en période d’addiction et comme pour la consommation d’une drogue, l’orgasme ou le plaisir reçu en récompense incite à multiplier les expériences voire à en amplifier les effets ou à en varier les partenaires en les additionnant. Non je ne décris pas forcément là une course effrénée et boulimique de plaisir. Il y a dans ce domaine des esthètes qui sont en recherche de leur « moi » du sexe. Qui veulent se connaître complètement (entendez par là, découvrir toutes les voies du plaisir) et découvrir des personnalités (je dis bien personnalités et pas forcément des physiques et c’est là où on se rend compte que la beauté n’est pas toujours reine en ce domaine) qui les inspirent. Une forme de quête spirituelle au sens tantrique du terme, une exploration de l’âme qui demande parfois du courage (car il faut pouvoir regarder en face ses véritables préférences sexuelles, surtout lorsqu’elles sont jugées peu conformes par la société). C’est dans ce type de période de fort besoin que se font ces expériences, quelques fois aussi en temps de crises.

Comment ces périodes d’excès prennent-elles fin ?

Pour l’abstinence on le devine bien. A l’orée d’un printemps, au détour d’une soirée ou la peau parle à la peau et le regard de l’autre vous dit : « viens ! ». Quant à la terminaison d’une période de suractivité, elle est plus complexe à discerner. Un mélange d’épuisement physique et mental, une overdose qui donne le sentiment à l’être humain qu’il lui faudra beaucoup d’efforts physiques avant d’arriver à une sensation comparable à celle qu’il connaissait deux semaines auparavant par une simple pression du téton ! Ou bien elle se fera par le remplacement de l’activité sexuelle par une autre  occupation elle même porteuse d’addiction … Ou encore parce que la source s’est tarie… On voit bien qu’il y a là matière à de multiples scénarii ! Mais au-delà du caractère peu volontaire ou pas forcément maîtrisé de l’entrée dans l’excès, qu’en retirons-nous ?

Je dirai du haut de ma toute petite expérience (à peine un monticule) une exploration personnelle somme toute passionnante pour celui qui a envie de se connaître vraiment jusque dans les tréfonds de son sexe (ça y est je l’ai écrit !). Cette histoire là aura ses pages lumineuses et ses paragraphes sombres mais descendre dans les enfers peut-être aussi formateur qu’évoluer dans le firmament. Les êtres sans aspérités, ceux qui veulent à tout prix se conformer  garderont un goût de « pas fini »  dans leurs bouches (pas de mauvais esprits s’il vous plaît) s’ils n’explorent pas l’une de ces deux voies. Quant aux autres, sans doute parce qu’ils ont l’air de préférer l’être au néant, de revendiquer un libre arbitre là où il  n’y en a pas vraiment, ce sont des biquettes (et j’en suis une, béééé) !! Ils bondissent jusqu’au sommet de la montagne, en bêlant à tout va, le museau dans le vent, la mâchoire pleine de chardons ou le ventre creux et le regard aveuglé par le soleil qui se couche. Ces moments de grimpette personnelle vers l’abstinence ou l’excès ne sont-ils pas faits pour qu’ils se sentent vivants surtout ? Non ?

Chroniques in(sens)ées #2

Peut-on se passer de préliminaires dans le sexe ?

Sujet qui a fait débat et qui continue aujourd’hui, divisant la communauté des actifs et non actifs – qui après tout peuvent encore fantasmer et s’exprimer sur le sujet – en deux camps. Ceux qui pensent qu’il faut préparer la course en s’échauffant et ceux qui suggèrent que l’on peut se lancer directement, l’assaut n’en étant que plus intense.

Parler de préliminaires, c’est un peu comme aborder le problème de « qui fait la cuisine et comment ? ».  Et on sait qu’en France, c’est compliqué. Pendant très longtemps, la majorité des femmes étaient aux fourneaux dans les foyers mais les grands chefs étaient majoritairement des hommes et eux seuls donnaient le ton de ce qu’il fallait faire. Autrement dit, rapporté au sexe, les femmes ont longtemps subi le devoir du sexe avant de pouvoir accéder à l’aspect créatif du sexe. Depuis un siècle, les pratiques culturelles changent, donnant de plus en plus aux femmes le pouvoir sur leur corps et sur celui de leurs partenaires, leur attribuant la capacité de jouer tous les rôles (hello les sextoys !) et de choisir de dominer autant que d’être dominée (du moins pour un grand nombre, les généralisations ont bon dos de laisser des tas de situations catastrophiques de côté résultants de la domination, du harcèlement ou de l’ignorance).

Mais en matière de préliminaires ne sommes-nous pas déjà en train de vivre actuellement un nouveau renversement ? Il n’y a qu’à voir la main mise soudaine d’une certaine frange de la population masculine sur la cuisine, s’intéressant autant à l’origine des produits, qu’aux circuits de distribution, aux modes de consommation ou aux risques sanitaires. Ils veulent être partout ! Une prise de guerre que je leur laisserai bien si ce n’est que, même en matière de sexe, nous ne pouvons pas laisser à l’autre la possibilité de choisir pour soi (bon sauf chez les masochistes, mais là nous entrons dans un autre domaine). Ce retour de certains hommes se proclamant expert en la matière dès qu’ils « touchent un peu » montre la difficulté pour nous,  femmes, de nous exprimer à ce sujet et fait des préliminaires une donnée culturelle qui ne cesse de se redéfinir. Les hommes savent-ils mieux ce qu’est un préliminaire qu’une femme ? La question est absurde n’est-ce pas ?

Faut-il par ailleurs définir ce qu’est un bon préliminaire ? Cela est impossible, on en revient à la notion de goût, ce qui est valable pour un couple hétéro ou homo ne l’est pas pour le suivant. On comprend très bien que ce n’est pas une histoire de gestes, mais plutôt de réceptacles et de mode de consommation…

Là aussi, nous ne sommes pas entièrement libres de la façon dont nous consommons le sexe, l’empreinte du lieu dans lequel nous nous vivons interagit sur les méthodes que nous allons utiliser. Cela ne signifie pas que le plaisir en est absent. Cela signifie que le plaisir se prend de multiples façons mais que nous ne sommes pas tous fait pour le même plaisir. Car nous avons été en quelques sortes conditionnés par la civilisation à laquelle nous appartenons.

Alors que certains pays ont opté pour le fast food et le drive, l’excitation de la consommation rapide devenant l’élément de plaisir (regardez l’Amérique du Nord a  inventé les motels, les pole dances et les sex shop : trois symboles d’une consommation rapide et d’une excitation facile à obtenir), d’autres ont misé sur la sensualité et la lenteur des gestes et la recherche du plaisir à sa source infime pour l’amplifier démesurément (en Asie, on trouve le boules de geisha, les pratiques du bondage et les draps en soie, des ustensiles qui nécessitent que l’on ait du temps devant soi). On pourrait ainsi définir un nationalisme du sexe et dans cette vision politique de l’acte sexuel on trouverait certaines sociétés où il y a tellement d’interdits que la question des préliminaires semble appartenir à un monde imaginaire.

Au delà de ces questions d’identités, peut-on dire qu’il y a une prédisposition sociale : comprenez un rôle social attribué à l’homme ou à la femme (quel que soit d’ailleurs le couple homo ou hétéro) durant les préliminaires ?

Il est clair que les messages que nous renvoient actuellement les médias à ce sujet sont extrêmement contradictoires, reflet d’un temps où on ne sait plus vraiment quelle liberté revendiquer. Celle d’avoir du plaisir ou celle de faire plaisir ?

Il n’y a qu’à voir la Une des magazines spécialisées de la presse féminine. Il y a quelques années, les accroches d’articles étaient de ce type : « choisissez celui qui vous fera grimper aux rideaux avant l’orgasme ». Aujourd’hui la tendance glisserait plutôt vers ce type d’approche : « faite le grimper aux rideaux avant l’orgasme ». A force de parité ne perdrait-on pas quelques avantages substantiels ? Non, mais il est curieux de voir comment certains magazine peuvent chaque fois nous placer dans des situations où nous devons nous prouver quelque chose ou nous soumettre à un comportement type pour obtenir ce que l’on veut. Être capable de choisir le bon candidat, être capable de le/la satisfaire… Ces questions sont plus que culpabilisantes ou anxiogènes, elles sont destructrices de ce qui fait notre confiance en notre force et notre égalité de droit.

Pour aller un peu plus loin, peut-on dire qu’il y a une prédisposition génétique aux préliminaires ? Voilà qui réglerait peut-être la question du « qui fait quoi » ? Cela a été un argument avancé assez souvent afin d’expliquer que la femme avait « besoin » (saisissez dans cette formule de besoin, la nécessité de ne pas pouvoir faire autrement, contrainte par son corps) de ces préliminaires pour se prédisposer à l’orgasme. Ce qu’il y a de bien dans les explications scientifiques, c’est qu’elles semblent rationnelles, elles vous expliquent les sécrétions vaginales, elles justifient le taux d’excitation nécessaire à l’entreprise de l’orgasme et elles examinent les degrés moindres de satisfaction en l’absence de préliminaires. Mais elles ne disent pas tout. Elles ne disent pas le ressenti des deux partenaires, et elles font la part belle au corps, qui ne peut tout régir (ô sacré inconscient). Elles montrent aussi que nous sommes dans un siècle où il faut une justification de bien-être pour le corps pour qu’on en arrive à imposer des normes sociales et affirmer des droits aux préliminaires.

Mais je m’écarte du sujet. Nous en étions aux préliminaires. Vous avez compris que comme je suis une femme française, et bien la question me paraît cruciale, ô combien.

Pour vous montrer que je ne suis pas totalement partisane, je vais essayer de poser là quelques arguments contradictoires. Vous y ferez votre marché et votre cuisine personnelle, pire vous me traiterez d’imposteur et vous aurez raison.

Les préliminaires sont une introduction. On peut toujours se passer d’une introduction car elle donnerait à penser qu’il y a une certaine distance entre deux êtres. Qu’ils font semblant d’user de codes, d’entrées en matières spécieuses alors que le vif du sujet ne demande qu’à être abordé (sabordé?).

L’introduction retarde le moment fatidique, voir peut le décourager ou le rendre inutile. Une introduction trop longue peut tout dire, risque de fatiguer votre interlocuteur, le dégoûter ou au contraire le rassasier de trop. Les préliminaires s’organisent dans un moment où l’on peut être encore attentif à beaucoup de signaux venant de l’autre. Le col de sa chemise, la couleur de son rouge à lèvre, le goût de ses lobes d’oreille, la texture de ses sous-vêtements. Et le cerveau va exercer malgré lui une analyse de ces éléments. Si l’introduction ne va pas crescendo, l’analyse risque de prendre le pas sur l’excitation, rendant cette première partie aussi palpitante qu’une partie de ping-pong.

L’introduction suppose aussi un savoir faire et une certaine curiosité de l’autre. Une curiosité qui doit flirter avec l’impertinence et le respect, l’audace et la politesse. C’est comme ouvrir un coffre à plusieurs combinaisons, on n’en finit pas de chercher le code. Le monde se divisera alors entre ceux qui aiment décrypter les codes et ceux qui veulent braquer la banque tout de suite et feront tout sauter !

Les préliminaires sont ce qu’au fond une introduction est à une composition. Oh j’ai un peu honte d’aller chercher une telle comparaison mais cette idée m’a frappé tant elle me paraissait juste.

Essayez de vous rappeler avec moi, dans vos souvenirs, de ce qu’est une introduction de composition ou de dissertation. Ou sinon, laissez vous juste porter, ce n’est pas vraiment une des connaissances essentielles qui structure ce monde.

Une introduction comporte :

  • une amorce
  • une problématique
  • et une annonce de plan

Voyez-vous où je veux en venir ? Lorsque cette analogie s’est présentée à mon cerveau, il a crié CQFD !

Pourquoi les préliminaires sont-ils indispensables au sexe ? Parce que l’amorce est un enchantement. Elle resitue le contexte. Où sommes-nous ? Avec qui ? Qui va toucher l’autre pour la première fois ? Comment les corps vont-ils se rapprocher ? Même s’il s’agit de l’histoire d’un corps qui va prendre du plaisir, donner un sens à ce tout premier contact démultiplie l’excitation et inscrivent les sensations dans une mémoire qui perdure au-delà de l’acte. Et je ne crois pas les hommes indifférents à cet aspect-là des choses. J’en ai déjà entendu me parler du parfum de leurs partenaires ou de la robe qu’elle portait comme des reliques  de leurs mémoires sensuelles, qu’elles aient comptée ou non. C’est un appel d’air avant la plongée, avant l’apnée délicieuse.

Une amorce sera réussie si on arrive à replacer le sujet dans son contexte en partant du général vers le précis. Comprenez que l’on va parler d’un thème général puis l’orienter vers le sujet à étudier. Dans cette phase, ce rapprochement corporel va influencer votre point de vue sur votre partenaire. Cette femme ou cet homme que vous avez en face de vous était jusque-là, au monde, occupé, préoccupé peut-être par le flot continu de nos vies. L’amorce vous rapproche de lui ou d’elle et vous obligent tout deux à ne traiter plus  que d’un seul sujet, l’Autre.

Puis vient la problématique. La problématique c’est chercher un sens au sujet, lui donner une profondeur, vouloir le décortiquer, lui sacrifier de son énergie. La problématique, c’est aussi s’interroger sur le fonctionnement d’un processus, la relation de cause à effet. Et là une série de tests, caresses, touchers etc… va permettre d’établir un premier diagnostic. Evidemment le préliminaire ne permettra pas de maîtriser la totalité du fonctionnement de celui que l’on ne connait pas ou à peine. Il s’agit plutôt d’établir  une cartographie. Avec ses possibilités de trouver un trésor, de s’y abreuver, d’y déceler des abris temporaires…

Quant à ceux qui se connaissent depuis longtemps, on imagine le plaisir qu’ils auront à rexplorer cette cartographie et d’en maîtriser les lieux clés, voire d’en découvrir de nouveau car notre corps change avec l’âge et l’usage.

Cette problématique pose donc des pierres dans un jardin que l’on explore. Petit Poucet du plaisir aurait tort de s’en priver, dans l’empire des sens qui va éclater sous peu, il faudra bien s’y retrouver et ces pierres seront bien utiles.

Enfin l’annonce du plan. Le plan traditionnelle définit de façon très classique qu’il faudrait trois parties et que ces parties seraient la thèse, l’antithèse et la synthèse. Vous pourriez faire un plan en 18 parties, cela ne poserait aucun problème, bien au contraire. La profusion des idées est plutôt une qualité en la matière. Quant à ceux qui ne trouvent pas plus d’une partie, je leur dirai qu’une riche et profonde, ma foi vaut mieux que rien.

Mais faut-il annoncer le plan pendant les préliminaires ? C’est un peu comme spoiler un film. Personne ne se voit soudain s’interrompre pour dire à l’autre : au fait, d’abord on va commencer en levrette ensuite on fera un 69 et j’envisage en synthèse un bon petit missionnaire.

Il est claire que la musique des corps doit rester libre et que s’il y a plan préconçu dans la tête des partenaires, il doit rester non formulé ou sinon à peine suggéré (à part pour ceux pour qui cela est un fantasme de tout dire tout haut… comme quoi il n’y a pas de règles et cette chronique me paraît de plus en plus inutile).

Mais c’est ce plan qui commence à se mettre en place dans la tête des deux partenaires qui est intéressant. Il faudrait pouvoir l’étudier ce plan-là et ensuite le comparer à ce qui se fait vraiment. Vous allez me dire que vous ne faites aucun plan pendant les préliminaires et que vous vous laissez porter. Mais le désir, le vôtre fait un plan. Un plan de ce qu’il imagine être la voie royale. Car il vient de faire le bilan de ce qui a été exploré lors de ces préliminaires, de la cartographie de votre jardin et de celle de votre partenaire et il se dit que la thèse c’est de vous faire plaisir, l’antithèse c’est de se faire plaisir aussi et que bien évidement, il serait bien que tout le monde arrive à la synthèse… ce serait même très bon.

Je vois bien que vous doutez, il y a-t-il vraiment tout cela à l’intérieur des préliminaires ?  Un aficionado de la question pourrait-il prêcher autre chose ?  Il n’empêche, que l’on soit un couple venant de se former ou  un couple de  plus de vingt ans, un couple hétéro ou homo ou encore d’une génération donnée, on sait que c’est une vision du monde que de laisser  de la place aux préliminaires, c’est vouloir faire du sexe, à chaque fois, une vraie rencontre humaine. Alors que durent les préliminaires !

 

Chroniques in(sens)ées #1

Les étoiles filantes

 

Une étoile filante est la manifestation lumineuse de l’entrée d’un corps, résidu d’un astéroïde, dans notre atmosphère. Assister à ce phénomène nous ramène à l’immensité de l’univers, mais  également à la multiplicité des phénomènes extraordinaires qui le traversent et qui font de nous des êtres uniques, capables de prendre conscience de ces beautés. Cette considération a curieusement eu l’effet de me pousser à entamer une nouvelle série de chroniques consacrées au sexe et aux rapports humains.  Quel lien entre les étoiles filantes et le sexe ?  Vous allez comprendre mais je dois d’abord poser quelques éléments entre vous et moi, chère lectrice et cher lecteur, sinon nous risquons de partir sur un malentendu.

Car je vous vois tiquer. J’ai affirmé vouloir parler de sexe mais je  serai incapable d’écrire de la littérature érotique ou de disserter en la matière. En effet, non seulement je n’ai jamais écrit le début d’une scène de sexe dans mes nouvelles ou dans mes romans (traduisez cela par de l’incapacité à être sensuelle dans mon écriture) et je ne suis pas experte de la chose (déjà appeler cela « la chose », c’est bien la preuve que cela m’est assez étranger)

Pendant longtemps je me suis considérée comme une personne de peu d’expérience. Ayant  depuis dépassé le stade de la crise de la quarantaine débridée, que l’on peut imaginer pleine de débordements et de conquêtes inutiles, mon point de vue s’est modifié. Pour certains, je vais sûrement enfoncer des portes ouvertes ; pour ceux-là, je n’aurais qu’un conseil : passez votre chemin, cette balade insensée dans le pays des sens ne va guère soulever votre enthousiasme. Ne gaspillez pas ces minutes précieuses qui pourraient être consacrées  à d’autres plaisirs.

Pour les autres, je promets de faire court… quoique … vous avouerez qu’en la matière, on a toujours préféré que les choses soient grandes et durent longtemps.

Revenons donc à nos étoiles filantes. Une association d’idée peut-être incongrue m’a fait comparer cette manifestation céleste aux personnes avec qui on ne couche qu’une seule fois  et qu’on ne revoit jamais. Dans un certain nombre de milieux, on a tendance à penser que  la réitération de l’acte  sexuel avec des personnes différentes prévaut en termes d’expérience sur la réitération de l’acte sexuel avec une même personne ou bien sur les modalités de cet acte ? Jusqu’à présent, j’ai été plutôt d’accord avec cette opinion-là. J’ai demeuré longtemps dans la catégorie « couple stable ».  La découverte du sexe s’est faite sur la longueur (je n’ai pas dit la taille, vous avez remarqué). Le temps façonne les pratiques, l’âge aussi, celui du corps en particulier. Un jour, cette longue relation a pris fin et je me suis retrouvée célibataire. Rien d’extraordinaire, j’ai rejoint la cohorte d’adultes de ma génération, renonçant au rêve du couple éternel pour d’autres mythes aussi peu recommandables.

Cependant, cela m’a amené à réfléchir à ce qui pouvait faire l’échec d’un couple, par exemple l’image (non justifiée) qu’il donne d’une sexualité assez terne (surtout si la durée de vie de ce couple excède la dizaine d’année). Le sexe joue néanmoins un rôle important dans la dissolution du couple surtout lorsque la pratique du sexe devient mécanique. Je ne dis pas rapide ou inefficiente. Ce n’est ni une histoire d’orgasme ou d’éjaculation précoce ou de toutes autres sortes de problèmes physiques ou psychologiques qui peuvent jouer un rôle important dans l’accès au plaisir.

La pratique du sexe devient mécanique car l’activité sexuelle n’est pas qu’une activité physique. Le cerveau a besoin de plaisir (ces fameuses hormones d’ocytocine), ce plaisir est même favorable au bon fonctionnement des neurones mais l’activité neuronale est aussi au point de départ du plaisir et de l’orgasme. Il  participe beaucoup de l’excitation qui prélude à la fabrication de ces hormones. Or le cerveau ne peut créer que s’il est stimulé. La stimulation est donc la base alpha. On pourrait même dire qu’il s’agit là d’une forme d’autostimulation ; chemin choisi par le cerveau pour arriver à  un certain niveau d’excitation. Dans le domaine sexuel, ce niveau- là est  tout de même supérieur  à celui qui permet la sécrétion de la salive à la vue d’un gâteau au chocolat ou d’un burger.  Quoique… cela dépend encore des individus.

Mais prenons pour principe que cette excitation doit être d’un tel niveau d’intensité qu’elle laissera une trace dans la mémoire au point qu’il suffira de conserver le souvenir de cette stimulation pour qu’en quelques seconde renaisse le même état d’excitation. Vague de plaisir interne qui parfois pourrait presque susciter un orgasme lui  bien réel.

Or, je pose la question : comment conserver le stimulus d’excitation suffisamment important à chaque acte de copulation ? Comment obtenir un stimulus authentique, porteur, quand les deux corps en question se sont déjà rencontrés des centaines de fois, que dis-je des milliers ou des millions de fois ?  Quand le cerveau d’un des partenaires devine à chaque mouvement, toucher ou goûter où l’autre en est, s’il est à son point de départ, s’il est déjà excité ou s’il est proche de l’orgasme, comment espérer qu’il puisse s’auto stimuler. C’est un peu comme si vous lisiez le résumé de la dernière saison de votre série préférée avant de la regarder pour de vrai.  Autrement dit, la découverte de quelque chose de nouveau jouerait-elle un rôle important dans le plaisir ? Il semblerait que oui. Vous avez beau aimer l’autre passionnément ou le trouver beau comme un Adonis ou une Aphrodite, connaître le scénario de A à Z ne simplifie pas la tâche et lutter contre la mécanique des corps qui s’installe inévitablement (comprenez une forme d’automatisme des gestes et des attitudes) devient une forme de lutte contre l’impossible. Notez que j’ai écrit lutte contre l’impossible, et non lutte impossible. Elle dit juste que pour certains cela se traduit par un renoncement. Le renoncement à poursuivre le dialogue avec ce corps déjà tellement parcouru.

Le stimulus extérieur nouveau apparaît alors comme salvateur. Mais garantit-il le retour d’un plaisir plus grand ?  Et pourquoi considérons-nous souvent que les expériences  d’un soir peuvent dépasser en intensité ce que nous offre le quotidien si nous avons un partenaire régulier ? Quel genre de sexe nous offre le corps d’un soir ?

Et bien on arrive enfin à l’analogie que je souhaitais faire avec les étoiles filantes. Quand vous  scrutez le ciel sur le parapet d’un bord de mer, dans le recoin d’un jardin de ville ou sur un banc en bois en pleine campagne, vous les voyez filer ces météoroïdes et s’éteindre brusquement comme un coup de crayon dans le ciel qui s’effacerait aussitôt tracé. Vous ressentez alors deux sentiments confus et inextricablement mêlés (pas que deux mais pour ma démonstration, cela suffira) :

  • L’impression d’assister à quelque chose d’unique
  • Et L’impression d’être unique parce que justement vous assistez à quelque chose d’unique

Cette expérience-là est aussi créatrice d’ocytocine. Plaisir plus cérébral que le sexe certes mais tout aussi palpable et laissant une trace, une empreinte dans nos mémoires.

Maintenant imaginez que vous rencontriez pour la première fois un homme / une femme que ce soit dans un bar ou lors d’un concert. S’il se trouve que vous vous plaisiez (oui ce n’est pas une mince affaire mais nous passerons sur tout ce qui peut retarder cette approche sensuelle), vous assisterez alors à un événement unique. La comète de l’autre va traverser votre ciel. Et vous vous sentez vous-même unique parce que spectateur et acteur principal de ce rapprochement. Tout ce que va dire, faire, tenter cette personne deviendra un spectacle enchanteur. La sublimation vient d’entrer en scène. Elle vous prépare à l’acte sexuel.

Vous allez caresser du regard sa nuque, ses mains, ses lèvres comme si déjà vous étiez enlacé à lui/ elle, être sensible à ses intonations de voix, à son maintien, à sa façon de se mouvoir. Et vous allez tomber sous le charme… ne croyez pas que je parle d’amour. Je parle uniquement de séduction et d’attirance physique. Cette phase d’approche, loin d’être négligeable, est le point de départ indispensable à la construction de ce grand escalier qui va vous mener au plaisir suprême. Un peu comme la nuit noire qui vous entoure lorsque vous êtes au fond de ce jardin à scruter les étoiles, ce plafond incrusté de diamants  tendu au dessus de votre tête, les odeurs enivrantes des plantes exhalant leur derniers parfums avant de se fermer, le vent caressant votre épiderme provoquant un léger frisson. Nous les êtres humains avons besoin d’un décor pour la montée de cette excitation, une mise en scène… et ce paravent, ce sont les préliminaires qui l’installent…

A ce moment là précis, vous êtes en train de créer une forme d’addiction à la présence de l’Autre qui ne prendra fin (faim) que lorsque tout sera consommé. Ce que ne vous percevez pas, par contre, à cet instant T,  c’est le temps que va durer cette aventure, cette rencontre. Il semblerait qu’à ce stade, il y ait déjà une différenciation  entre femmes et hommes. Les femmes étant déjà dans l’idée un peu vague que cette prémisse de relation pourrait aboutir à quelque chose de durable : la projection dans le temps. Les hommes vivant l’instant présent et point barre.

Cette distinction est importante  mais non exacte. Bien sûr il y a des femmes qui vivent l’instant présent sans se poser de questions et des hommes qui se projettent dès les premières secondes. Mais la tendance est plus forte du côté des femmes, une histoire de conditionnement, d’éducation et de mentalité des sociétés qui agit jusque sur nos pulsions sexuelles et les soumettent à des impératifs qui n’ont aucun rapport avec le plaisir : la peur  de la précarité, le besoin de stabilité, un sentiment d’infériorité, un manque affectif etc…

Revenons à cet instant où chacun de son côté observe le ciel et se prépare à voir tomber cette étoile filante dans le firmament. L’alcool (un bon désinhibant) et le jeu de séduction aidant,  les préliminaires physiques cette fois-ci sont entamés. (on ne traitera pas de ceux qui remettent au lendemain, les procrastinateurs font des choix qui les honorent mais qui ne servent pas à la démonstration).

Ce que le cerveau enregistre est important à ce stade des préliminaires.  Tout est nouveau et cela crée un état de perplexité, de perplexité favorable, plaisante. Jouissif donc par la nouveauté mais pas par le contenu. Vous allez me dire que les premières fois sont souvent décevantes ou l’inverse, bouleversantes. Elles ne sont ni l’un ni l’autre en soi même car nous n’apposons ces jugements qu’après avoir connu d’autres expériences du même type. Par contre, on peut établir que ce sont celles avec lesquelles nous sommes les plus généreux et les plus indulgents à la fois. Car l’excitation de l’émerveillement (j’ai vu une étoile filante !) prime encore sur la question fondamentale (qui ai-je rencontré ? ). Nous sommes alors entraînés dans  une série d’expériences sensorielles qui vont être plus ou moins satisfaisantes : l’odeur de l’autre, ses caresses, ses gestes, son corps, son sexe, ses mouvements, ses secrétions, ses frottements… Nous voilà  devenu un laboratoire ambulant, testant, soupesant toutes ces questions à la fois. Le verdict lui ne tombera que plus tard, quand l’étoile aura quitté notre champ de vision, quand le corps sera apaisé… vaporisé (terme astronomique que l’on donne à la désagrégation du corps céleste compressé par l’atmosphère) ….

Après avoir été aveuglé, ou plutôt hypnotisé par cette clarté, cette luminescence, le corps de l’autre se désagrège dans notre atmosphère. Que reste-t-il de cette persistance rétinienne ? Que reste-t-il d’une expérience sexuelle unique ? Que reste-t-il d’un coup d’un soir ?

Une même impression d’éblouissement là où le quotidien aurait vite faire de mettre de l’ordre et lisser les contours d’une  rencontre de peu d’intérêt.  Autrement dit, ce que nous aimons dans  les étoiles filantes, c’est la  soudaineté de leur entrée dans notre atmosphère et l’éblouissement passager qu’elle crée sur notre esprit. Et c’est leur départ tout aussi brusque de notre vie qui peut les rendre attractives.

Non je ne parle d’un désir de renouveler l’expérience avec le même corps. Non ces personnes là rencontrés par hasard existent à peine, ou du moins aussi peu que vous existez à leurs yeux. Ce qui les rend attractive, c’est le plaisir intense qu’elles ont provoqué : cet éblouissement. L’éblouissement est l’antithèse de la mécanique des corps. Mais il n’est pas l’antidote à cette mécanique. Sinon, cela signifierait que le couple n’a pas de raison d’être dans le domaine sexuel et que la rencontre éphémère est la seule pourvoyeuse de plaisir.

Non, je me garderai d’apporter de telles réponses à des questions aussi importantes. Mais permettez-moi de rajouter quelques fils à cette métaphore.  Comme les étoiles disparaissent subrepticement, les adorer, leur vouer un culte est sans doute une forme d’onanisme. Ce que l’on aime est l’expérience de la nouveauté, et ce plaisir ravale l’Autre à l’objet sexuel. Car l’Autre importe peu dans l’histoire, c’est le plaisir qui est sublimé.  Ce plaisir d’une rare intensité est celui de l’émerveillement, émotion comparable à celle qu’éprouve un enfant ouvrant ses cadeaux au pied du sapin.  Il ne sait pas ce que contiennent encore les paquets. Au moment du déballage, il va être en proie à une série de micro décharges d’adrénaline de plaisir, qui prévaudront en intensité sur la satisfaction d’avoir reçu un cadeau.

A l’âge adulte,  on cesse rapidement de s’émerveiller au pied du sapin et il vaut mieux que l’on n’observe pas trop longtemps le cadeau que l’on vient de déballer. Cela pourrait gâcher le plaisir que l’on a eu à le dépioter (retrospectivement). Ce que l’on aime visiblement, c’est « déballer » l’autre. Mais on ne déshabille et ne touche une personne de cette manière qu’une seule fois, la toute première. Les autres fois ne seront que des répétitions. Vous me direz : les répétitions peuvent être parfois mieux que la toute première fois, mais elles ne peuvent égaler en intensité ce trac et cette peur qui accompagne cette découverte et qui suralimente l’excitation au moment de l’acte.

D’autre part, le fait d’ouvrir de nombreux cadeaux à la suite, risque d’émousser la sensation de plaisir que l’on a à ouvrir un cadeau. Une forme de répétition de la découverte peut nuire aussi à l’appréciation de l’inédit. Et ne parlons pas de ce sentiment que l’on peut éprouver – en dépit de la présence d’un partenaire-  à  être le seule à  se faire un cadeau à soi (ou pire que l’autre se soit fait un cadeau à lui tout seul en vous ignorant superbement pendant la partie de jambe en l’air).

En réalité, ces étoiles filantes, ces partenaires à usage unique, pourraient être des pépites ou des psychopathes, nous ne le saurons jamais car il n’a jamais été question de rencontrer quelqu’un. Dans cette première fois, il s’agit de rencontrer  un corps… un corps utile à l’obtention du plaisir, un corps merveilleux dans lequel on peut puiser ce plaisir et le partager et un corps qui a de grandes chances de disparaître, ce qui le rend unique en soi même.

De cette expérience, il ne restera que cette image de nous même découvrant ce cadeau et le plaisir intense que cela nous a procuré. Peu d’informations sur ce cadeau, ou du moins si superficielles, parfois magnifiées, ou bien reléguées au fond d’un placard sous prétexte d’un mot, d’une absence de performance ou d’un moment de vie peu propice. Juste l’idée dans un coin de notre mémoire que si ces  gens nous resteront inconnus, leur passage en revanche a été unique et durera dans notre mémoire.

Les étoiles filantes gardent donc  leur mystère. Elles sont au sexe ce que les mirages sont aux yeux de celui qui parcours un désert, une illusion  plaisante qui apaise les sens et attise le désir mais ne peut assouvir véritablement l’individu  en quête d’un oasis bien réel.

 

chronique de la quarantaine déprimée #20

Pour cette vingtième et dernière chronique de la quarantaine déprimée, j’avais décidé de sortir des sentiers battus. Je voulais quelque chose d’éclatant, de brillant, d’explosif. On veut toujours marquer les esprits à la fin du spectacle. Pour cela, je me suis mise à chercher un thème fédérateur tout en me disant qu’il fallait aussi que je livre quelque chose d’intime. Oui parce que la logique de ces chroniques résidaient là exactement : arriver à traduire dans l’apitoiement que l’on pourrait porter à la pauvre vie d’une quarantenaire quelque chose d’universel. On a parfois des ambitions qui nous dépassent tellement qu’on les perd de vue. Bref… Comme je n’avais pas réussi à atteindre mes objectifs sur les 19 précédentes, je me suis dit, qu’il fallait au moins essayer de tout rattraper sur la dernière. Oui, là aussi, bâtir un si grand espoir sur un dernier coup, c’est vouloir abattre un sanglier au mois de décembre à 17H03 du côté de Givet. Et comme je n’ai jamais chassé de ma vie, vous saisissez le handicap supplémentaire que cela représente pour moi.

Soit, je ne me décourageais pas pour autant et décidai d’y réfléchir activement. Ce qui signifiait que je ne devais plus y repenser jusqu’au soir où j’ai commencé à composer cette dernière chronique. Et comme j’écris mes chronique en à peu près deux heures de temps, j’ai probablement consacré une dizaine de minutes de vraie réflexion à son contenu, le reste de l’écriture étant du remplissage, du rembourrage de paragraphe parce que j’ai toujours aimé les chroniques bien épaisses qui font envie. Même si j’avoue que les miennes restent parfois sur l’estomac. J’en profite pour rajouter que le secret de mes chroniques (oui il est temps que je vous le livre n’est-ce pas?) réside dans le fait qu’il suffit d’une seule idée, à manipuler dans tous les sens, à tordre à merci et à examiner sous tous les angles. Chaque chronique comportant une idée, mon travail constitue au total un effort intellectuel de deux cents minutes, soit à peu près 3 heures et 20 minutes de prise de tête, en gros deux stars wars mais sans les effets spéciaux. Je dis que c’est pas cher payé. Même si je continue de penser que dix minutes de reflexion pour une seule idée, au final, c’est plutôt généreux de ma part (surtout qu’il faut voir l’état de mes neurones entre les fêtes). Ce secret vous permettra un jour d’écrire des chroniques qui ressemblent aux miennes, à la fois mal construites, assez creuses et contenant énormément de fautes car je suis à la fois négligeante sur le fond et la forme. Ce qui fait de moi quelqu’un d’entier et vous reconnaitrez que ça au moins c’est une qualité. Mais je me suis perdue à vouloir vous livrer des procédés de fabrication si essentiels.

Lorsqu’il m’arrivait de penser au sujet de cette chronique, entre un verre et une cigarette (car j’ai les deux vices, ne cherchez pas pourquoi je déprime) la gageure me semblait impossible à tenir. Comment fédérer les opinions autour de notes personnelles ? Etait-il possible de conserver un accord commun, une voix unanime à l’examen attentif des replis intimes de l’âme ?

D’autant que je ne sais pas si vous vous en êtes rendus compte, mais lorsqu’une personne parle d’un sujet qui semble complètement anodin au premier abord, par exemple du fonctionnement des hélices d’une centrifugeuse ou bien de la température idéale de cuisson d’une pintade, le lecteur finit toujours par deviner que l’auteur parle de lui même. Tenez, vous-même vous venez de faire un amalgame en vous disant d’une part que j’avais une tendance autodestructrice option objets tranchants et que d’autre part j’avais une vie sexuelle à ne pas piquer les hannetons.

Ces deux sujets étant donc de l’ordre de l’intime puisque vous y lisez quelque chose de ma vie, ne peuvent en aucun cas vous fédérer. Car d’un côté, certains établiront que cela dépend de la taille de l’hélice et d’autres me diront que l’essentiel réside dans le fait que la pintade n’ait pas été élevée en batterie. Nous ne mettrons donc personne d’accord sur ces deux sujets qui ne concernent que moi.

Maintenant faisons l’inverse. Partons d’une déclaration qui semble au premier abord tout à fait intime et personnelle. Qui établirait que chaque soir, au moment où je m’apprête à m’endormir, j’aspire à ce quelqu’un me prenne dans ses bras afin que je puisse sentir son odeur, la chaleur de sa peau, la douceur de ses lèvres. Qu’allez-vous y lire ? La solitude de quelqu’un qui supporte mal le célibat. Au fond vous tomberez tous d’accord sur ce constat, ce en quoi vous serez fédérés. Mais pour autant, il n’y aura rien d’intime à ce que j’aurais dit car cette expérience-là est partagée par tellement de gens qu’en aucun cas, elle ne pourrait être perçue comme quelque chose qui m’est constitutif. Bref, j’étais coincée.

Jusqu’à que j’ai cette idée brillante (mes idées brillent surtout avant que je les mette en pratique) de demander l’avis du public. Si les lecteurs se retrouvaient sur un sujet commun, qu’importait que cela me soit intime ou non, j’étais au moins sûre de 50 % de la qualité de cette idée, ce qui réduisait à cinq minutes le temps nécessaire à la réflexion pour les 50 % restants. Cinq minutes, c’est cinq minutes ! Imaginez tout ce qu’on peut faire en cinq minutes et vous aurez une idée du temps gagné : on peut faire l’amour, préparer une pâte à crêpes, consulter son compte en ligne, vérifier qu’on a pas de courrier à part des factures, arroser les plantes qui survivent et comme elles ne survivent pas toutes, cela est faisable, envisager de ranger un tas de papiers administratifs, se faire un thé, puis un café puis à nouveau un thé, renoncer et décapsuler une bière tout en envoyant un sms…). J’étais donc pleine d’espoir en lançant cet appel.

Au final, je n’ai reçu que deux réponses. Proposez un peu de démocratie, vous serez récompensé ! me suis-je fait la reflexion. Cela dit à l’échelle du nombre de mes lecteurs, cela correspond à 20 % des personnes qui s’arrêtent sur mon blog pour lire mes chroniques. Ce qui n’est pas si mal à bien y réfléchir lorsqu’on compare à l’expression du vote aux dernières présidentielles.

Les deux lecteurs qui m’ont répondu s’étaient-ils égarés, ont-ils eu pitié de cet appel improbable ? En tout cas, ils ont répondu à ce sondage en proposant chacun un thème différent. Ce qui a d’emblée mis à bas mes espoirs de trouver un sujet fédérateur. J’avais donc deux sujets. Et toujours pas résolu le problème de l’intimité. D’un côté R. me proposait de parler de l’enfance. De l’autre C. des lecteurs…

Vous pensez bien que mon esprit pragmatique et légèrement feignasse a voulu tout de suite composer un deux en un.

Pourquoi ne pas parler de l’enfance du public ? Hélas, la tentative aurait été vaine, que pouvais-je savoir moi de l’enfance des lecteurs ? Je ne connaissais aucun des liseurs venus perdre leur temps sur mon blog. Je risquais gros autant à leur imaginer une enfance triste et sans goût qu’à en décrire une rillante et pleine de joie. Dans un cas on m’aurait accusé de misérabilisme, dans l’autre de vouloir flatter mon public. Quant à imaginer qu’une enfance puisse être un peu des deux, un peu de crédibilité je vous prie !

L’autre solution était de me rapprocher d’un public enfant…. ce qui revenait à abandonner l’idée de trouver un seul lecteur dans les dix années à venir. Mais peut-être d’en atteindre quelques uns dans trente ans….

Comme je ne suis pas une optimiste, vous l’avez compris et que je jugeais que j’avais assez tergiversé pour l’année 2017, je me suis dit que je n’allais écouter aucune des deux propositions. Comme une enfant justement. Après tout, ce public, je n’avais pas envie de le connaître plus que ça, ni de bavarder avec lui. D’ailleurs existait-il ? Car j’avais fini par douter de son existence. Parce que à titre personnel, je suis bien le public d’autres artistes. Et parfois j’en suis fière. J’aime le clamer bien haut.

Mais en tant qu’auteur, avais-je eu un ensemble de la sorte sous la main ? Il avait peut-être existé autrefois mais il avait fondu comme neige au soleil. Que lui était-il arrivé ? J’espérais qu’une hécatombe n’avait pas anéanti toutes ces personnes … Cela aurait été dur à porter … quoique…. auteur maudit, c’est peut-être vendeur. Toujour est-il qu’il était plus facile pour moi d’imaginer qu’il n’avait jamais existé. La première étape du deuil est le déni, ne l’oubliez pas !

Alors parler de l’enfance d’un public qui n’existe pas. Ou de la mienne devant lui… je préfèrais encore parler des hélices de la centrifugeuse tiens !

Néanmoins l’idée s’est faite sournoise et a contaminé mon cerveau. Et pour une fois, au lieu que je la malaxe, c’est elle qui a tordu mes neurones. Comme une évidence, s’est présenté à moi le sentiment que j’éprouvais le besoin fondamental de revenir à ma propre enfance. Ce moi enfant que j’avais dû quitter comme on jette un paquet de clope sur le bitume… avec une pointe de remord, en se disant qu’on aurait pas dû mais que voilà c’était fait. Pourtant, cette enfance, c’était un trésor. Plus exactement une île au trésor… Moi je la voyais plus que comme un caillou lointain. Mais cette putain d’idée m’avait rappelé que sur cette île, enterré bien profond, sous la croix exactement, il y avait ce à quoi j’aspirais là à 43 ans. Que dans ce magma de sensation, d’émotion, de découverte qu’avait été mon enfance, ce qui dominait c’étaient ces moments où on n’envisage pas l’après, où on se dit que le jeu est vrai parce qu’on y joue. D’ailleurs on ne se le dit même pas étant enfant. On « est » dans sa tête, par tous les moyens. On est le méchant, on est la star, on est le héros, on est le sauveur ou la victime. On est et on ne guète pas auprès d’un public une réaction, une approbation, une fédération autour de cette idée. Parce que le public autour n’est pas un public. Parfois on est seul. Parfois il y a un autre enfant qui lui aussi « est » ce qu’il joue. Et que si son camarade lui dit que le bateau coule, l’autre écopera des brassées d’air avec la conviction d’un marin en train de voir son navire sombrer et avec même peut-être une boule au ventre.

Ecrire de cette manière aurait quelque chose de merveilleux. Sans plus tenir compte de la crédibilité que l’on peut avoir, du bien fondé de ce que l’on écrit, de la possibilité qu’il puisse y avoir 100 000 histoires du même type qui sont écrites en même temps de part le monde… en ayant en tête que cette histoire que l’on se raconte est plus vraie que le café que je tiens entre mes mains et qui me chauffe les doigts ou que la lumière du jour qui décroit. Et que cette conviction intime fait que l’on peut encore continuer à raconter des histoires.

Voilà, j’ai fini par extrapoler. Cette idée là m’a bien eu. Elle m’a bien retourné.

Et si c’était ça la recette d’un bon récit ? Un zeste de scénario, beaucoup de remplissage plus ou moins savant et la conviction d’un jeu intime.. la conviction d’un je intime….

Non là je crois au Père Noël non ?

J’ai fais des galipettes avec mon idée et je vous abandonne avec ce semblant de chronique. J’espère que vous ne m’en voudrez pas. Car celle que j’étais autrefois à galoper entre les arbres à me croire cheval sur des prairies vertes ou à sauver les bijoux de la reine… celle-là elle me manque aujourd’hui. Celle qui pensait que le père noël pouvait bien apporter des cadeaux et qu’il était rudement fort pour deviner ce qui me faisait plaisir tout au fond de moi, celle là elle m’impressionne aujourd’hui. Celle qui était capable de rester des heures aux toilettes pour parler au carrelage ou à la tapisserie parce qu’il était plus important de poursuivre l’histoire que de se geler les fesse, elle me fait me sentir toute petite .Celle qui chantait sous la pluie avec ses bottes en plastique multicolore, je voudrais bien qu’elle me revienne. Elle avait moins peur que moi aujourd’hui. Moins peur de ne pas être crue, de ne plus trouver le plaisir du jeu, de ne plus croire en ses histoires.

Et toi, public, gros chat (si tu existes parce que tu as des allures de chat d’Alice) qui n’a que faire d’une histoire de plus ou de moins parce qu’il y a tant à dévorer à la table de nos libraires et dans les antres des bibliothèques, si tu lèves ton cul pour me suivre, c’est bien. Mais si tu restes assis sur ton coussin, et bien cela ne devrait pas plus poser de problème. Car ce qui compte c’est le jeu… ce qui compte, c’est d’  « être »  l’histoire… le reste n’est qu’une histoire d’égo !

Chronique dédiée à Ricardo et Carnets paresseux qui ont toujours œuvré à ce que j’écrive encore et encore. Que vous écriviez encore et encore vous deux aussi !! 

Sommaire de presque 20 chroniques pour du beurre !

Un sommaire ça sert à quoi ?

A pas grand chose sauf pour ceux qui aiment bien l’ordre, retrouver les paires de chaussettes par deux ou remettre les couverts droit le long de l’assiette…

En même temps, c’est la vingtième chronique bientôt… Bon c’est l’anniversaire de rien mais arriver au bout de ces vingts chroniques de la dépritude ( je sais,  ça n’existe pas comme mot), ça devait se fêter.

Alors du coup, je me suis dit : ben au cas où vous auriez une envie pressante de tout lire -on ne sait jamais – voilà tous les liens et les thématiques. Dans la conquête de l’inutile, je trouve que ce sommaire se pose là :)

Mais c’est pas tout ! Voilà, pour conclure le cycle de ces chroniques que j’ai adoré écrire, il me faut composer la vingtième et là je compte sur vous ! C’est vous qui allez me donner le thème de la vingtième. C’est pas que je n’ai pas d’idées ! Mais je me dis que c’est plus sympa si on l’écrit à plusieurs ! Alors que me submergent vos suggestions et en attendant bonne lecture !!

Chronique 1 : Du clientélisme dans les relations sociales

Chronique 2 : Les livres auront ma peau

Chronique 3 : Fidélité / lâcheté : même combat ?

Chronique 4 : La surconsommation

Chronique 5 : A quoi sert la rentrée ?

Chronique 6 : Est-il besoin de connaître le pire pour devenir meilleur ?  L’échec est-il nécessaire à la maturation et l’amélioration de l’âme ?

Chronique 7 : Ethnologie ethnocentrée (le public adolescent)

Chronique 8 : Et sinon est-ce que les Gremlins existent ? (chronique sur mes Gremlins)

Chronique 9 : A égocentrique, égoïste et demi…Faut-il préférer l’égoïsme à l’égocentrisme ?

Chronique 10 : De la déprime au désir, il n’y a que vous et moi…

Chronique 11 : De fantasme…  à phantasme, il y a un éléphant de différence …

Chronique 12 : Je vous aime… en dépit de votre beauté…

Chronique 13 : Prédateur, me revoilà !! Etes-vous une biche ou un léopard ?

Chronique 14 : L’économie d’une vie

Chronique 15 : Le cynisme, impasse ou passe ? Ou l’art de ne rien dire ?

Chronique 16 : Changer de maison, est-ce comme trouver l’âme sœur ?

Chronique 17 : Peut-on vivre seul ? Oui je vous demande cela dans un monde où tout est conçu pour vivre à deux

Chronique 18 : De la transmission

Chronique 19 : Faut-il voyager seul ou à plusieurs ? Le voyage est-il nécessaire ?

Chronique 20 : ? à vous de me dire !!!

 

chronique de la quarantaine déprimée 19#

Faut-il voyager seul ou à plusieurs ? Le voyage est-il nécessaire ? En quoi nous transforme-t-il ? Voilà, il suffit que je fasse deux voyages dans l’été… et ça me perturbe. Rassurez-vous je n’ai pas fait le tour du monde… tout juste deux expéditions à l’étranger. Mais cela représentait des situations inédites pour moi à 43 ans : aller au-delà des frontières alors que je ne l’avais pas fait depuis 15 ans (ah l’hexagone peut parfois s’avérer être une forme coercitive),  le fait de posséder enfin un passeport et de prendre l’avion pour la première fois. Je vous vois déjà rire sous cape… moi qui rêvais d’être astronaute quand j’étais enfant… j’ai attendu 43 ans pour prendre l’avion. On ne se contraint que soi même et on accuse la vie d’être peu gratifiante.. mais c’est là un autre sujet. Revenons à nos moutons nomades.

Faut-il voyager  en compagnie ? Est-il vital de voyager  ?

On pourrait penser que l’ordre des questions n’est pas le bon. Et pourtant… à l’issue de la réflexion, cette énonciation vous paraîtra plus claire. Ou pas. Un peu comme un voyage, on n’a la réponse que lorsque on est arrivé au bout du chemin…

Quelles que soient les raisons qui nous poussent à nous déplacer (des raisons politique d’urgence, économiques, de survie, culturelles, de rencontres ou tout simplement de loisir), le changement de contexte modifie la donne, modifie le vivant. Non pas que le changement soit inhérent au voyage. Lorsque nous restons immobiles, comprenons sédentaires, voués à évoluer dans un milieu géographique relativement restreint, le changement existe. Mais il est moins marqué, plus lent, plus structurel. Cette évolution se joue sur le long terme. Prenons justement ce point de départ. Cette origine géographique devenue primordiale aujourd’hui puisqu’elle définit qui peut vivre bien ou mal dans le monde. Le milieu dans lequel nous nous développons. Pour les animaux, on parlera d’écosystème, pour les êtres humains on préférera celui de milieu, d’environnement social. Du conditionnement au libre-arbitre, il y a là toute une géographie mentale qui se crée, une géographie que nous inventons et qui nous conditionne en même temps. Et lorsque nous voyageons, ce sont les frontières de cette géographie que nous faisons bouger.

Ces frontières qui par l’imagination peuvent se modifier mais qui se transforment davantage par l’influence de l’environnement. Vous allez me dire que ma (de)formation de professeur d’histoire-géographie – cette théorie étant depuis longtemps balayée par les penseurs de la discipline – influence mes idées. De Michelet à Braudel, combien ont voulu établir l’empreinte du milieu, de l’environnement (que je définirais comme allant du paysage de la rue où nous grandissons aux multiples géographies mentales de nos déplacements dans la ville où nous vaquons en passant par l’environnement social géographique et culturel de notre lieu de travail ou de résidence). Vous pensez que j’exagère ? Ne vous inquiétez pas, je pense aussi que l’inverse est vrai : nous transformons les territoires que nous habitons et nous leur faisons subir notre présence : ils se modifient par notre présence. Le réchauffement climatique en sait quelque chose…

Il n’empêche que le déterminisme reste une évidence à mes yeux. Je me permettrai même d’insister sur les composantes visuelles, olfactives, auditives de cet environnement qui nous conditionnent enfant. Point commun avec les animaux , nous avons, nous êtres humains, une forte propension à nous inscrire dans un territoire et à le subir. Certes nous nous adaptons, grâce aux technologies. La mondialisation a fait que nos territoires respectifs sont de plus en plus modifiables, connexes et interpénétrables là où autrefois ils restaient complètement isolés. D’ailleurs on peut se demander si le caractère de plus en plus aléatoire de la concentration et de la patience humaine n’est pas lié à l’extension de la mondialisation. Plus nous sommes connectés, plus nous sommes sensibles à l’influence de l’autre. Cette dopamine créée par la stimulation de la présence de l’autre fait que nous demandons ou nous créons de plus en plus de situation de contacts (regardez le développement des réseaux sociaux). Mais cela a tendance à nous faire perdre notre propre espace intérieur. Mais je m’égare encore. Essayons de rester immobile et de ne pas faire l’école buissonnière !

L’espace entre le lieu de départ et celui d’arrivée est devenu tellement mince, – en quelques heures à peine on peut accéder à une réalité géographique tellement différente de la nôtre – que cela aurait tendance à réduire le déplacement au titre de l’anecdote.

Mais où veux-je en venir ? Je me suis perdue non ? Un voyage où l’on se perd est-il un voyage ou une errance ? Et quand bien même l’errance est-elle un déplacement ou juste un tour sur soi-même ?

Vous avez compris, plus j’essaie de me concentrer sur cette notion de déplacement, plus elle m’échappe.

Ce que je retiens pourtant de mes deux expériences estivales, c’est que le voyage est une transplantation. Qu’il soit temporaire ou définitif, il nous modifie comme un arbre ou un animal que l’on implanterait dans un espace exogène. En ce sens, le voyage révèle notre capacité à nous adapter ou pas. Allons nous survivre en terre étrangère ? Comment s’acclimater à tous ces éléments, odeurs, couleurs, température, l’hygrométrie inédits ? Le cocktail ne prend pas toujours entre le dedans et le dehors. Nos corps ont été habitués à un certain échantillonnage. Des générations de migrants pourraient répondre à ce sujet à condition qu’on leur laisse marquer de leur empreinte le territoire.

Quant à ceux qui reforment leur bulle sur place – quartier italien, quartier chinois, quartier français – est-ce vraiment l’incapacité à s’adapter qui les caractérise ou une volonté de conserver un peu de cette essence qui est la leur dans un océan situé à des millions de km de leur culture ?

Or je crois que tout le débat est là aujourd’hui. Attachés à nos territoires comme à des parchemins, je parle des riches occidentaux que nous sommes, nous ne voulons plus risquer de perdre cette identité, ces repères qui sont les nôtres. J’ai envie de dire que c’est se battre contre l’ inéluctable et qu’à grande échelle ces modifications et ces déplacements de populations auront lieu. Avec heurts et fracas ? Probablement… L’histoire ne retient que les guerres, les tensions. On parle peu dans les chroniques anciennes des moments de paix et de brassage. Et que dire des programmes d’histoire qui sont basés sur l’enseignement des conflits. Vous allez me dire :  » devoir de mémoire ». Et je suis d’accord pour dire que l’histoire doit être celle des victimes pour que le « plus jamais » ait un sens. Mais ne faudrait-il pas parler de ces moments uniques de cohabitations comme dans le royaume d’Al Andalus  en Espagne ou encore celui des Deux-Siciles au Moyen-Age. Bref tout ça pour dire que la méfiance, la crispation autour de ces territoires que nous gardons comme des chiens leur niche est un réflexe réactionnaire qui nous met d’ailleurs en danger. J’ai conscience des difficultés levées par la venue massive de population sur mon territoire. J’ai le sentiment qu’elle suscitera chez moi de la peur et un sentiment d’insécurité. Qu’elle me donnera envie de céder à la colère, au rejet ou à l’intolérance. Je ne me sens en rien différente de nombreux de mes compatriotes, surtout ceux qui ont eu la tentation de voter FN. Je sais juste qu’il faut élargir notre point de vue pour échapper à ce repli inéluctable sur soi même. Et regarder à l’échelle de l’histoire et de la géographie ; il ne peut pas être autrement que ce brassage. Prenez un atlas historique, vous n’y verrez que des flèches migratoires parcourant les continents dans un sens ou l’autre, un peu comme des étoiles filantes le ciel. Nous ne gagnerons rien à nous agripper de force à nos racines et à rejeter ceux qui ont une empreinte différente de la nôtre. Je ne dis pas qu’il faut tout prendre de l’autre et se dénuder soi même de ce qui fait une spécificité culturelle et géoenvironnementale. Mais j’ai tendance à penser que celui qui tend l’oreille, tente de parler le langage des autres aura plus de chance d’être respecté et entendu que celui qui gronde et tempête, et vous jette à la face sa culture, son sang et ses racines comme autant d’armes offensives.

Quel rapport avec le voyage ? Eh bien, j’y reviens après un long détour. Mais le voyage impromptu, non organisé est toujours celui que nous retenons parce que le cerveau est aux aguets de ce qu’il n’a pas anticipé et il cherche malgré tout le chemin qu’il s’était donné de suivre.

Le voyage, qu’a t-il a voir avec tout cela ? C’est lui qui apporte cette adaptabilité et cette empathie à l’égard des autres peuples. C’est lui qui met en position d’insécurité mais aussi d’émerveillement. Qui fait comprendre qu’avoir un toit et à manger sont bien les fondamentaux de tout être humain et qu’ils sont le préalable à l’entrée en contact avec l’autre et sa culture. Et que l’on ne peut appréhender la culture de l’autre que si soi même on opère ce travail sur soi. Que cela nécessite de lutter contre cet instinct territorial. D’abaisser ces boucliers de la culture, de la langue, du patrimoine pour tendre le regard vers l’autre, pour saisir ce qu’il est. Comme si on allait risquer quelque chose. La peur est irrationnelle. C’est malheureusement la maladie la plus facilement transmissible. Je suis la première à le constater sur moi même. Entrer en contact avec l’autre peut signifier autant l’émerveillement que le désappointement mais jamais on ne peut complètement disparaître. Jamais ces racines, cette culture, cette langue ne pourraient mourir complètement à moins de le vouloir inconsciemment ou consciemment dans une stratégie de camouflage d’adaptation au milieu.

Considérons nous à l’égal des plantes et des arbres : une partie enterrée, une partie à l’air libre. Des racines où l’on pourrait aller constamment puiser, qui seraient nécessaire à notre survie et une partie au contact, au prise avec le monde extérieur. Une plante, un arbre qui pourrait se déplacer. Un atout extraordinaire à l’échelle des êtres vivants. Et c’est ce dont le voyage nous fait prendre conscience  :  cette chance incroyable que nous avons de pouvoir circuler. Au fond du jardin, au bout de la rue, dans le quartier voisin, dans la ville limitrophe jusqu’au pays d’à côté ou lointain. Et moi qui suis restée quasiment 15 ans sans voyager, je me retrouve cet été à traverser  l’océan atlantique et à me rapprocher du cercle polaire. Eh bien j’ai envie de m’engueuler et de me dire : pourquoi ai-je tant attendu ? Le voyage est en train de me modifier à l’instant où j’écris et il me modifiera encore à l’instant ou vous me lirez. Comme un bain révélateur pour une photographie en argentique,  je ne sais quel effet, quel changement cela va apporter à ma vision du monde. Peut-être pas un changement définitif mais une aération nécessaire, une impression durable, un élargissement de ma géographie mentale auquel chacun devrait avoir droit. Inscrivons d’ailleurs le voyage dans les droits fondamentaux. Le voyage est trop souvent synonyme de luxe. Et essayons de voyager de façon écologique. Non je n’essaie pas de vous dire qu’il y a une bonne et une mauvaise façon de voyager ! Je serai mal placée pour cela. Mais le voyage pourrait s’assimiler à l’alimentation : il y a de la malbouffe et de la haute gastronomie, du fast-food et du végan. Excusez-moi d’exclure les clubs med et les  croisières du lot  qui ne sont que des moyens d’éviter le voyage. Expéditions avec coussinet et édredon sur le cerveau. Sans aller jusqu’à voyager à pied à la dure avec un bâton de pèlerin, un minimum d’adversité ainsi que de contact semble donner de la teneur au voyage, il vous tient ainsi à l’estomac. Le cerveau qui s’effraie, qui appréhende, qui découvre reçoit une adrénaline qui modifie durablement le chemin de ses pensées. Chaque fois que le voyageur songera à son périple, ce marqueur chimique se rappellera à lui. Il revivra ce déplacement, cette sensation de mutation. Le voyage ne s’éteint pas au moment où il se termine. Il continue de vivre en nous.

Ce qui revient à analyser cette fameuse question du début. Faut-il voyager à plusieurs ou seul ? Au fond vous me répondrez que l’on fait comme on veut et j’en suis bien d’accord ! Et j’avoue que la proximité de l’autre (l’ami, le parent qui partage notre voyage) peut parfois empêcher la rencontre de l’Autre. L’entre-soi peut être un obstacle à la découverte du pays. De même que la solitude peut être un enfermement intérieur . La question vous le voyez n’attend pas de réponse précise. Seul, on s’oublie davantage dans le pays étranger, on se confond rapidement avec l’autochtone, on comprend plus facilement les mœurs et coutumes. A plusieurs, cette dissolution est plus lente, par à coup. Mais elle est intéressante à vivre aussi. Faite de digressions, de régressions puis d’avancées soudaines. Moi qui redoutais de la vivre à plusieurs car peu encline à partager mes émotions, au final je la trouve riche en complexité. Et j’en retire une pelote de laine d’émotions et de réflexions qu’il me faudra du temps à démêler. Alors je vous souhaite un voyage permanent car il est  comme le ruisseau, à la fois immuable et coincé entre les courbes, il permet que se clarifie l’eau, qu’elle circule et draine les terres. Le voyage oxygène notre esprit et même s’il se passe mal, s’il est décevant, ce drainage a du bon. Cette modification des frontières est un bienfait. Comme il est des temps pour se terrer et explorer des mondes intérieurs, il en est d’autres pour arpenter, épuiser nos muscles et saturer notre cerveau de nouvelles sensations. Inscrivons-le comme une nécessité humaine dans les droits de chacun. Une expérience nécessaire à notre développement mental. Citoyens du monde, marchons, marchons, et que de pays étrangers abreuvent par leur paysages nos sillons ! :)

Chronique de la quarantaine déprimée #18

De la transmission

A T.

C’est sans doute à cause de mon âge ( comme diraient mes enfants, j’ai fait la moitié du chemin, moi personnellement, j’en suis arrivée à souhaiter qu’il y ait encore du chemin ! ), de la triple maternité dont je suis responsable (certes à 50 %  là aussi mais je peux affirmer qu’en terme de velléité, j’y étais à 100 % voire à 300 % !), du métier que je fais (professeur d’histoire-géographie… c’est le pléonasme de la transmission… ), des activités qui me tiennent debout, me nourrissent et me permettent d’espérer encore et encore (écriture, slam, fabrique à lectures) alors que l’actualité me hurle à la face que je n’ai qu’à me calfeutrer derrière un mur avec des écouteurs sur les oreilles… bref, c’est sans doute à cause de tout cela et plus que probablement grâce aux rencontres que j’ai faites dans ma vie que je me pose la question de la transmission.

Les questions plus fondamentales du « pourquoi », du « comment », du « où vais-je » auraient dû passer devant. Elles demeurent, elle ne disparaissent pas. Mais c’est celle là qui occupe mon esprit en ce moment. Plus j’avance en âge, plus mes enfants grandissent, plus mes parents vieillissent, plus mes amis évoluent, plus je fais de rencontres …. Plus cette question me taraude… Vous avez compris, je suis dans l’entre-deux-mère, dans l’entre-deux-guerres, celle de l’enfance et de la vieillesse, dans l’entre-deux… ne sachant quelle couleur donner aux sentiments que j’éprouve vis-à-vis de ceux que je côtoies.

Plus elle me taraude, plus je m’interroge sur ce que j’ai reçu et sur ce que je donne.

Pour ce qui est de la réception, j’avoue que je m’interroge peu. On m’a surnourri durant mon enfance (merci), on m’a indiqué plus d’une source d’alimentation et le livre est devenu un dieu, un dieu que j’échange, que j’essaie de partager, dont je ne me lasse pas d’écouter le chant… Je n’aurais jamais assez d’une vie pour tout épuiser (d’autant que vous apprécierez, vous écolo du dimanche (ce n’est pas une insulte, je ne suis écolo qu’un dimanche sur deux), que ces ressources-là sont inépuisables, renouvelables à souhait, il faudrait même pratiquer la surconsommation  pour bien faire).

J’ai donc (énormément) reçu et comme beaucoup d’entre vous, je suis une éponge. Et je ne parle pas seulement des livres : à chaque personne rencontrée, je me suis imbibée d’une expérience supplémentaire, même si ce n’était pas la mienne, même si je ne la comprenais pas complètement, même s’il me manquait quelques pièces du puzzle, même les plus négatives se sont imprimées. Ce n’est pas un don : mon métier m’a permis de constater que nous étions tous des éponges (désolée de l’apprendre à ceux qui n’aimeraient pas le bob). En terme de réception de la transmission, il suffit de se laisser aller, d’ouvrir ses chakras, de laisser béer ses feuilles de choux, de se poser et de se laisser envahir pour recevoir. Vous reconnaîtrez avec moi que tous les humains en sont capables. Même les électeurs de Marine Le Pen… car il a bien fallu à un moment qu’ils se posent et qu’ils écoutent… et c’est bien cela qui me fait le plus peur… Mais je m’écarte du sujet.

Ce qui permet cette ouverture ? Cette réception ? La curiosité. Nous sommes tous curieux.  Vous allez me rétorquer : pourquoi tant de personnes semblent limiter leur propre champ culturel, fixant à la glue leur cul sur un canapé face à W9 et les Chti à Hollyculwood ?  Parce que c’est rassurant, c’est le ronron, c’est le nombril, c’est le stade fœtal, c’est réconfortant… on tète….Alors que la curiosité  (à ne pas confondre avec le voyeurisme) peut mener à la déception, à l’humiliation  ou encore à la colère…

Pensez à ceux qui découvrent l’existence de crimes perpétrés par leur propre peuple, ou commis sur les leurs, d’escroqueries industrielles mettant en danger la santé de leurs enfants ou de leurs parents…La curiosité est un chemin semé de farces et attrapes de plus ou moins mauvais goût. On n’a pas toujours envie d’y jouer les Indiana Jones. Mais vous savez comme moi qu’on y trouve aussi des émeraudes. Sinon ça ferait longtemps qu’on serait tous, je dis bien tous le cul collé à nos canapés à mater TF1 et l’énième rediffusion de Julie Lascaud et la grotte des scénaris troubles qui induisent des  comportements sécuritaires… bref..

Voilà comment de façon hyper simpliste, j’explique ce phénomène étrange que je peux observer chez les nouvelles générations que l’on pourrait penser fermées à la curiosité et à la capacité à devenir des éponges. Ce mouvement de ressac (curiosité/  retrait dans un monde réconfortant) existe autant chez eux que parmi les autres individus de notre société (et chez moi même je ne m’exclue pas, loin de là, du ressac). Je n’ai jamais vu disparaître cette curiosité. D’autant qu’il y a des artifices pour la susciter, des artifices plus ou moins efficaces pour rendre éponge un public  (et plus ou moins louables). Pour que tu sois sensible à ma transmission, je peux te payer, je peux te promettre quelque chose en échange (le bac, un boulot, la sensation que tu pourrais vivre en sécurité dans notre monde), je peux te dire que je te trouve merveilleux. Tout ceci marche, il est clair  (je n’ai pas encore essayé de payer mes élèves, en même temps, ils sont 36 par classe) !  Mais à bien analyser l’efficacité de ces procédés, il en est un bien plus simple et opérant.

Je m’explique : la transmission est meilleure si l’autre, celui à qui je parle peut s’approprier (parler le langage de l’autre), digérer (il faut aussi vulgariser, rendre accessible, faire appel à des schèmes communs), redire (on ne peut pas être seul dans cette transmission, l’autre doit dire aussi, même s’il ne sait pas… pas encore) et déformer ce que je lui transmets. Oui je dis bien déformer : car cela lui appartient aussi de déformer et je dois l’accepter. Si je m’y refuse c’est que je me crispe sur la formulation et vouloir que la formulation soit strictement identique, n’est-ce pas vouloir que ma communication devienne une forme de propagande ? Et même si j’ai l’âge d’être un dictateur, j’avoue que c’est une carrière qui ne m’a jamais attiré, surtout à cause de la fin…

D’ailleurs il est temps de reconnaître que tout ce qui m’a été transmis, je l’ai déformé. La subjectivité, le vécu, la reformulation, la digestion, c’est une transformation. Que reste-t-il alors de la vérité ? Que reste-t-il du message initial ? Est-ce vraiment la question ?

Non je ne suis pas en train de dire que la véracité des faits et des idées n’aurait aucune importance, ce serait dénigrer par avance ce que je tente de transmettre. J’avance seulement qu’à mon avis, et c’est tout à fait personnel (je comprendrais que vous ne me suiviez pas dans ce chemin tortueux), la vérité n’est peut-être qu’à l’issue de ce débat, cet affrontement entre celui qui a transmis et celui qui reçoit. C’est ainsi, par exemple, que je perçois l’évolution de la vérité historique, débats entre chercheurs de générations différentes  menant à des remises en question et des relectures des faits incessantes jusqu’à se rapprocher de la vérité.

Cependant, sans héritage pas de transmission, sans récepteur, pas de transformation.

Le débat ne peut pas être uniquement intérieur, solitaire. L’inventeur, le découvreur est l’héritier de trouvailles antérieures et il ne fait que poursuivre un dialogue engagé bien avant. Cela ne diminue en rien son mérite. Bien au contraire.

Ce qui me mène au second volet de cette chronique on ne peut plus soporifique… d’ailleurs, je vous conseille de faire une petite pause sieste avant la seconde partie… La sieste est plus qu’utile à l’assimilation, vous recommande une consommatrice avertie.

J’ouvre donc ce second volet… La transmission est-elle un don à sens unique ? Autrement dit, puis-je être sûre que ce que je transmets est un simple message et que ce don sera unilatéral? Que sa réception n’aura aucun effet sur moi ?

Vous pensez bien que si je pose aussi maladroitement la question, c’est que j’ai déjà en tête une partie de la réponse en tête. Les dés sont pipés, tout est truqué !

Ces derniers temps, par un effet de hasard, de coïncidences répétées que je n’ai pas forcément recherchées (en même temps, c’est le principe du hasard), on m’a demandé de parler de mon expérience d’écrivain. Oh là le gros mot… je ne m’étendrais pas là-dessus. J’ai depuis longtemps décidé que je n’en étais pas un, tout juste un auteur, bien obligée de reconnaître que je suis à l’origine des textes que j’écris, mais écrivain cela me paraît appartenir à une autre dimension à laquelle je n’ai pas encore accès.  De ce fait, j’avoue avoir été extrêmement mal à l’aise par rapport à cette demande de transmission. Non pas parce que je n’aurais pas l’impression d’avoir accumulé de l’expérience ou quelques techniques dans ce domaine. N’importe qui ayant pris l’habitude d’écrire régulièrement possède cette expérience. Mais plutôt parce que je ne me sens pas légitime, aboutie pour en dire quelque chose d’intéressant. Soit, qu’importe, on me somme de dire quelque chose et je m’exécute car au fond je suis extrêmement docile et sans doute assez égocentrique aussi !

Tout en m’interrogeant sur le fait que ce que je disais pouvait ne pas être juste, exact, utile pour l’interlocuteur, je me suis rendue compte en le faisant, en transmettant, à quel point cela me rendait service à moi-même avant tout. Autrement dit :  le fait de formuler ma propre expérience, m’a permis de la faire avancer un peu plus loin. Il est égal que cette transmission soit de faible qualité (hélas on est peu de chose), c’est le dialogue qui est fascinant. Vous pouvez dialoguer avec quelqu’un qui a moins d’expérience que vous, vous en apprendrez au moins autant que lui sur le sujet voire bien davantage !  C’est comme emprunter une machine à remonter le temps qui vous permettrait de vous retrouver à l’époque où vous avez démarré. Vous retrouvez en l’autre cette force, cette détermination, cette fraîcheur, cette croyance, cette authenticité que vous avez perdue ou qui s’est amenuisée.  Et en schizophrène, vous voyez le « moi » que vous êtes devenu et ce que vous pourriez faire de cette force : vous, vous connaissez les chemins, les écueils, les outils, les façons de détourner les vents contraires, les trucs et les astuces pour avancer quand même. Et vous vous dites : en mêlant les deux ce serait diaboliquement efficace !

Vous n’êtes pas les deux mais vous vous en approchez grâce à cette transmission qui est bien à mes yeux une  communication bilatérale. Celui à qui vous transmettez vous apporte autant que ce que vous lui apportez. C’est ce dialogue qui vous vous vivifie.

Ce qui m’amène  à dire qu’il faut transmettre pour se sentir vivant. J’ai toujours pensé que la transmission était liée à la mort, à la succession, à  la disparition, à l’héritage mais plus j’avance dans le temps, (et plus je recule diront certains) plus je me dis que la transmission est un acte de vie. Du haut de nos expériences et ce n’est pas bien haut mais ce n’est pas l’altitude qui est à rechercher, nous sommes à la fois vampires et victimes. Nous donnons notre sang, notre essence, nos mots, une partie de notre âme mais nous pompons aussi chez ceux qui nous écoutent ce frémissement, cette chaleur, cette flamme dont nous avons besoin. Oui, dit comme cela, ce n’est pas très ragoûtant. Pourtant rien n’est plus extraordinaire que ce don/ contre-don. Certes il phagocyte du temps, celui de la discussion, de l’ouverture, de la pensée, de l’introspection parfois douloureuse (car il y a des récits d’expériences qui sont  pénibles ou renvoient à d’autres moments difficiles).  Mais voici enfin un don, humain, où chacun des partis sera satisfait et où nous sommes tous des vampires (l’image est affreuse, cette chronique va vous laisser un sale goût dans la bouche !).

Ne sacralisons pas la transmission, ne l’intellectualisons pas non plus. Dites tout ce que vous savez, sur tous les sujets possibles, saisissez toutes ces occasions, ces perches qui vous sont tendues de vous exprimer. J’ai entendu des conversations d’enfants  sur les légos qui sont des modèles de transmission de sagesse.

La transmission est un acte d’amour… oh oui j’utilise aussi ce gros mot ! (je le préfère à écrivain vous avez vu).  Un acte d’amour qui n’est pas toujours entendu, parfois méprisé (au profit de l’innovation, du moderne), parfois négligé, parfois jugé inopérant car il ne répond pas forcément  à l’instant présent. Mais dites-vous qu’il y a toujours une oreille à qui cela profite. Toujours une lueur dans les yeux de quelqu’un qui vous prête attention. Vous allez me trouver d’une incroyable naïveté ?  Je l’assume. Et quelques années d’expérience m’ont aussi amenées à cette conclusion. Lorsque vous rencontrez une personne qui vous parle de cette transmission bien réelle à ses yeux alors que vous avez cru parler à un public fermé, peu réceptif ou peu attentif, vous voyez les choses différemment. Vous vous dites que la transmission ne dépend pas que de vous, ni de votre pouvoir, ni de votre richesse encore moins de votre statut social. Cette transmission dépend de cet incroyable hasard des existences qui se rencontrent. Dans cet espace que j’imagine traversé par des milliards de comètes (environs 7 milliards et quelques louches), aussi vives les unes que les autres, vous avancez vous aussi, avec votre lueur, votre intensité de combustion qui vous est propre. Et à un moment donné, vous modifierez la trajectoire de celui que vous ne choisirez pas, pas forcément celui qui est de votre sang ou de votre peuple, et la vôtre en sera modifiée, irrémédiablement. Et au crépuscule de votre vie, (ou si vous disparaissez brutalement d’autres l’évoqueront en votre noms), vous finirez par percevoir ce chemin étrange et original qui est le vôtre, composé de tout ces fils qui vous relient à d’autres individus et qui ont fait les virages et les balades imprévues,  le sel de votre existence.  Alors transmettez, transmettez à tout perdre, constamment, pour que d’autres trouvent leur chemin, pour que vous trouviez le vôtre. Pour ne pas être ce reflet qui se perd sur le miroir du trou noir, pour ne pas être de l’antimatière (mais le peut-on seulement ? ).

Ne vous jugez pas indigne de la transmission, ne préjugez pas de ce que l’autre dit, ne minimisez pas son importance ni la vôtre. Je ne dis pas que tout se vaut mais plutôt que tout a son importance et prendra sens à un moment donné. On dit souvent que le siècle dans lequel nous vivons est celui du futile, du superficiel, du zapping… je ne suis pas d’accord… c’est une histoire de vitesse… et d’écoute. Soyons des slowmens, résistons à l’inéluctabilité, prenons le temps.

Quoi je joue les sales transmetteuses ? Les entremetteuses d’expériences…. Oui et si cela pouvait être le seul sens à donner à ma vie sur cette planète, je veux bien que ce soit celui là !

 

Chronique de la quarantaine déprimée # 17

Peut-on vivre seul ? Oui je vous demande cela dans un monde où tout est conçu pour vivre à deux… ou quatre… les voitures, les tables de restaurant, les mobil homes dans le Poitou,  les lits en 140 par 200 ou pire les lits jumeaux…

Evidemment que l’on peut vivre seul… la chronique est donc terminée. … Non je blague.  Croyez-vous que je vais vous laisser tranquille aussi rapidement ?

Si on parle en termes de capacité (le « je peux »), cela est en effet réalisable (« yes we can ! », on vous l’a déjà faite n’est-ce pas ?). Et de fait, des millions de personnes vivent seules dans le monde. Enfin on ne les a pas répertoriés officiellement et ce serait compliqué en effet. Car ce chiffre se modifie tout le temps. Qui pourrait recenser le nombre de ruptures à la seconde dans le monde, combien de séparations ? Combien de rdv manqués, de départs familiaux, de fâcheries entre amis, de disputes dans les cours de récréation, de crêpages de chignons dans les toilettes ou encore de bagarre à la mi-temps ?… Pourtant cela donnerait une belle cartographie de la solitude probable et ressentie.

Mais ne nous égarons pas et restons dans la considération rationnelle : chacun « peut » vivre seul… ce n’est pas incompatible avec la condition humaine. Bien que nous soyons des animaux sociables, c’est inscrit dans notre génome, nous avons aussi la capacité de vivre relativement seul et isolé. Car se résigner, se contraindre et parfois s’étioler, s’amenuiser ou se replier dans cette solitude ou au contraire se complaire, s’épanouir constituent la gamme entière mais non exhaustive de la partition de l’être humain. Oh là je m’échauffe !

Alors peut-être faut-il redéfinir ce qu’est vivre seul aujourd’hui en 2017 ? Car si on y réfléchit bien il y a toujours un ami, une connaissance, un parent, un cousin éloigné, un chat ou un chien à proximité… Voire si aucun de ces éléments ne se présentait, en sortant dans la rue , il y a la boulangère qui vous répond quand vous lui lancez une sale blague, l’éboueur qui vous sourit gentiment quand vous sortez vos poubelles au dernier moment ou la coiffeuse qui vous jure que vous êtes magnifique avec votre brushing style années 90 et que vous ressemblez de loin à Julia Roberts…. Enfin  de très loin (mais ça je ne suis pas sûre que ce soit un compliment en soi, re-visionnez les films des années 90, sur le plan capillaire, les coiffeurs sont allés un peu trop loin eux aussi).

Au pire, il y a toujours votre regard dans la glace, celui qui sourit étonné de ce qu’il voit, car on ne se reconnait jamais vraiment, un peu comme si on était un autre…

Difficile de comprendre le sentiment de solitude et c’est surtout là-dessus que je voudrais m’arrêter dans cette chronique car il ne s’exprime par forcément par l’expérience d’être seul. Prenons  des situations concrètes : je peux me sentir abandonné dans  un couple, mis de côté dans une famille, invisible dans un groupe d’amis… vous avez compris l’idée hein ? … Une sensation de déjà vu peut-être ? Ou de déjà vécu ?

Autrement dit, ce n’est pas l’unicité qui fait la solitude, en tout cas pas toujours. Et fort heureusement on peut se sentir infiniment riche et en bonne compagnie lorsqu’on est seul, dans un acte de création, dans l’écoute ou la lecture d’une œuvre d’art, dans le souvenir d’un moment partagé ou d’une personne et même sans avoir rien à faire… juste en communion avec la nature ou avec le néant… (le néant peut être attractif, on l’a trop souvent cantonné au rôle du grand méchant, le néant, c’est l’absence de responsabilité, et ça, ce n’est pas rien…)
Oui  j’enfonce des portes ouvertes comme à mon habitude. Mais comprenez-moi bien, c’est parce que je voudrais arriver à saisir une question plus profonde. L’interrogation abyssale étant la suivante : pourquoi cette solitude se traduit-elle par autant d’expériences différentes et pourquoi chez certains cela aboutit au désespoir et à la dépendance alors que chez d’autres, c’est un véritable soulagement ? Oui car la solitude peut se vivre aussi comme un épanouissement et le meilleur compromis que l’on puisse faire avec le reste du monde…. Et avec soi-même.

Et du haut de mes 42 ans  – et je vous assure que cela ne fait pas bien haut, pas de quoi avoir le vertige – je voudrais bien y apporter une réponse sensée. Car je me rapproche de la fin. N’entendez pas la fin de la vie… je ne l’espère pas.  Non la fin des chroniques que j’ai fixée à vingt. Je sais la dernière fois, j’ai dit la même chose… alors que je m’approchais de la dizaine. Mais il faut bien reconnaître que ces chroniques n’ont pas de sens. Et que je vous fais perdre un temps précieux, que vous pourriez consacrer à… je ne sais pas moi mais sûrement quelque chose de plus pertinent.

J’avais la secrète espérance de trouver une réponse d’ici la vingtième chronique, une réponse à toutes ces grandes questions existentielles que je me pose. Mais plus j’avance, plus je rame et comme dirait mon philosophe préféré (Alain Souchon) que je ne cesse de citer, « j’ai pas assez d’essence pour faire la route dans l’autre sens ».

Et peut-être que je n’en trouverai aucune de réponses… mais permettez-moi de poser deux à trois éléments avant de vous laisser à votre vie trépidante et extraordinaire (non je n’essaie pas de vous flatter, ce serait bien vil de ma part…).

Nous ne sommes pas tous taillés pour affronter la solitude. Oui vous vous en êtes aperçu vous aussi. Il y a eu une sorte de distribution inégale entre les êtres humains et à mon avis avant la fin du XXIIIème siècle on découvrira le gène du sentiment de solitude et on pourra le rendre inopérant. Du moins pour ceux que cela fait trop souffrir. Certains sociologues  ou anthropologues vous diront que ce n’est pas une bonne chose. Que c’est grâce à lui que nous avons formé des sociétés et que la solidarité et le don existent. Une manière de combler le vide rajouteraient les psychanalystes. Pourtant, au plus profond de mes crises de rejet de la solitude, je voterais  bien pour un peu d’eugénisme, moi. Qu’on me titille le gène 333 pour en baver un peu moins le dimanche soir ou les réveillons de Noël.

Mais je sais que je me trompe. Il faut ces traversées en solo pour apprécier les proches, il faut ces emmurements de l’ego pour faire connaissance avec soi-même, il faut se prendre ce parpaing plusieurs fois dans la gueule pour se rêcher l’âme et l’avoir juste biscornue comme il faut. Car je le rappelle :  les gens bien – à ne pas confondre avec les braves gens- ont des âmes biscornues, et non pas des âmes bien droites sans accro.

Ce serait assez curieux que je fasse l’apologie de la solitude alors que certains en bavent ou d’autres en meurent. Et je ne suis pas assez naïve pour penser qu’on est tous armés pour souffrir et s’en remettre comme des jonquilles au printemps après le  passage de l’hiver sur nos petites personnes. Mais je pense qu’en termes de groupe, de société, nous devrions avoir la possibilité de traiter le problème. Par exemple, ceux qui  n’ont aucune difficulté à subir la solitude et l’apprécient, devraient donner des cours à ceux qui la supportent moins bien. Après tout, on apprend bien à nager aux enfants ou à faire de la bicyclette sans avoir de diplômes. Oui avec un diplôme c’est mieux, mais pour les rudiments, on sait que ce n’est pas forcément nécessaire. Alors j’affirme que pour l’apprentissage de la solitude, il devrait aussi y avoir des cours.  Que ceux qui sont les plus armées, donnent des conseils à ceux qui sont les plus fragiles. Que ceux qui y voient de la lumière indiquent dans quelle direction regarder. Pas besoin de psy, pas besoin de coach. L’expérience humaine a cela de bon qu’elle peut parfois se transmettre rien que par la parole. Imaginez un monde dans lequel des hommes ou des femmes s’arrêteraient dans des parcs et réuniraient autour d’eux un groupe de personnes, un peu comme pour ces cours de gymnastique en commun que l’on voit parfois. Et là chacun écouterait et ferait des exercices. Pour apprendre à être seul. Oui en commun, cela peut paraître paradoxale. Mais rappelez vous, l’expérience de la solitude ne dépend pas toujours du nombre de personnes. Et ce serait un entraînement pour des moments plus  solitaire.

Et d’un coup, nous n’aurions plus besoin des autres ? Non, ces cours là ne nous apprendraient pas à vivre seul définitivement. Non, il nous apprendrait à traverser ces moments de solitude sereinement. Et à en faire des passages aussi intéressants que ceux que nous vivons lorsque nous nous sentons en communion avec les autres ou amoureux…

Oui là vous vous dites elle a viré curé… ou bouddhiste. Ou bien elle est vraiment fatiguée… ou très très déprimée. Et si je vous disais que si ces cours existaient, je serais la première à m’y inscrire. Et que chaque fois que j’ai rencontré quelqu’un capable d’affronter la solitude sereinement, je l’ai questionné et écouté avec passion en cherchant à décrypter ce qui pouvait lui donner cet « hyperpouvoir » ( à ce niveau là, cela ne peut être qu’un hyper pouvoir vous ne croyez pas ? ). Et que je ne pourrais que les remercier encore et encore ces femmes et ces hommes formidables qui me les ont livrés en toute générosité. Et que je suis prête à prendre d’autres cours… encore et encore. Car c’est  l’apprentissage de toute une vie… c’est sans doute celui de notre condition humaine. A l’école, au boulot, dans la cellule familiale, on nous inculque à vivre en collectivité… mais où apprend-on à vivre seul…. Vous me direz au milieu de 7 milliards d’êtres humains la question ne se pose pas ?  Ou elle est réservée à une élite riche et blanche repue et en sécurité plutôt située au nord de l’équateur ?  Je dirai halte aux cliché !! Voilà sans doute une matière première que nous n’avons pas en grande quantité sur les continents occidentaux et ce serait sans doute l’occasion d’échanger de façon plus équitable avec les pays du Sud (car le kilo de solitude pèse lourd, il est même côté en Bourse). Mais le problème ne se situe pas là exactement. La solitude comme la mort ou l’amour est plutôt une expérience universelle. A quand le forum social planétaire pour la solitude sereine ? Vous me direz, il  y a d’autres priorités. Je vous répondrai : quand est-ce qu’on s’occupe de notre âme ? Après les missiles nucléaires… après la montée des eaux…la disparition des ours blancs , la guerre en Syrie et le Brexit… ?  Non on s’en occupe maintenant et en même temps que tout le reste !

Oui ça nous fait un fameux programme ! Mais nous au moins on a un programme et on ne peut pas en dire autant de tout le monde (oui je fais une allusion aux élections… comment aurais-je pu faire autrement ?  Hélas on peut se sentir seule   au milieu d’une campagne politique tonitruante qui a plus l’air d’une foire de farces et attrapes que d’un débat politique)…

Alors à quand les cours de solitude ? Moi je mettrais ça en tête des propositions pour la campagne électorale… Si vous saviez le nombre de problèmes que l’on s’épargnerait. Du trou de la sécurité sociale au paiement des retraites en passant par le nombre de fonctionnaires, le plan Vigipirate  et le droit à l’adoption pour les homosexuels … cela réglerait tout. Et je ne suis pas en train de vous bourrez le mou. Je ne me présente pas aux élections, vous l’avez remarqué ?

Alors pour la dernière fois : à quand les cours de solitude ?

Quoi je suis la seule à penser cela ?

Ma foi, je n’en pleurerai pas… permettez moi néanmoins d’en sourire et d’y rêver… seule…  Pour l’instant…