Illusions en miroir…


Elle se lève  à cinq heures

C’est l’heure de la tétée

Pas possible de dormir

Faut veiller sur la portée

Petit 1  se réveille, il lui faut de l’eau

Petit 2  se réveille, il  faut le rassurer

Grand « Il »  se réveille et réclame un café

Elle vaque du fer à repasser à la machine à laver

Elle a déjà le coup de barre, il est  sept heures moins le quart

Elle prépare le petit déj’, un gout de violence dans la bouche

Elle voudrait se tirer, marcher dans la rue, respirer le grand air

Claquer la porte,  oublier ce qui la retient, avoir l’Alzheimer

Petit 1 veut du chocolat mais pas celui-là

Petit 2  veut manger sur ses genoux  pas sur sa chaise

Grand « Il »  veut lire son journal à son aise

07h45, elle compte les secondes qui la séparent du départ

Elle met les enfants dans la voiture, trop en avance

Il crie, elle n’est pas prête, ils crient, elle n’a pas eu le temps de retirer la tâche de son chemisier

Il est déjà au volant, il trépigne, il s’énerve sur la boîte à gants

Il démarre, elle se résigne, elle a oublié un  dossier important

Elle n’a pas bu son café

C’est l’heure

Un feu, trois rues, l’accélérateur, le frein

Petit 1 à l’école,  un rond-point,

Une voiture qui démarre, elle croise des yeux noirs

Ce n’est pas un simple regard, c’est son propre regard,  dans un autre corps

Inversé

Une femme si belle, au chignon relevé.

Débardeur de soie, jupe soignée,

Maquillage

Se recoiffe dans le rétroviseur, elle a beau y faire,

Pourquoi cette violence, cette fatigue dans les yeux ?

Le rond-point est la dernière étape sur le chemin du retour

Après elle pourra s’écrouler dans son lit, sans amour

C’est l’heure

Elle s’allume une clope, et  revoit en pensée le regard de cette bourgeoise qu’elle a croisé avec ses deux gosses à l’arrière

Ce que ça a l’air cosy cette existence-là,

Moins prise de tête, moins galère

C’est  pas qu’elle a envie de se plaindre

Mais  la nuit  a été pourrie

Elle a bossé jusqu’à pas d’heure, elle est sortie pour se dire qu’elle avait une vie

Petit 1 a  fait des sous-entendus graveleux et a eu les larmes aux yeux en parlant de sa mère

Petit 2  ne l’a pas lâché de la nuit mais elle a le sentiment qu’elle a plus déboursé que lui

Quant à grand « Il », il n’existe  pas, pas encore ou peut-être jamais

Elle rentre seule mais ce n’est pas vraiment le souci

c’est surtout  ce qu’elle éprouve, qui  la dégoute à cette heure-ci

Juste un mauvais moment à passer

Elle voudrait bien avoir quelqu’un, dans ses bras, à serrer

Un enfant, un mari qui tiendrait à elle, qui lui soufflerait des mots d’amour tout bas

Petit 1  a un boulot sympa mais il ne veut pas s’engager

Petit 2 pense que les femmes qui bossent doivent s’arrêter à la naissance du premier

Grand « Il » brille par son absence, et elle n’est pas sûre d’avoir envie de le croiser.

Elle est libre, tellement libre, que ça lui donne envie de hurler

De rentrer, se lover chez elle dans son lit, de s’endormir et de ne pas se réveiller avant cinq heures de l’après midi.

Pour oublier qu’elle est libre sans l’être

Pour oublier que personne ne l’est vraiment.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s